Dyskinésie scapulaire : Trouble de l’omoplate et de l’épaule

Dyskinésie scapulaire : Trouble de l’omoplate et de l’épaule

Article revu et approuvé par Dr. Ibtissama Boukas, médecin spécialisée en médecine de famille

Les mouvement de l’omoplate (également appelée scapula) sont essentiels au bon fonctionnement de l’épaule, de la région cervico-dorsale et du membre supérieur. En présence de lésions autour de la région scapulaire, ces mouvements peuvent être perturbés et engendrer de la douleur à l’épaule, au cou, ou au dos. On parle alors de diskinésie scapulaire.

 

Comment se manifeste la dyskinésie scapulaire ? Quelles sont les causes et symptômes de cette affection ? Et surtout, que peut-on faire pour corriger ce déséquilibre afin de réduire la douleur et améliorer les mouvements ? Cet article couvre tout ce qu’il faut savoir sur cette affection.

 

Définition et anatomie

 

Pour comprendre la dyskinésie scapulaire, il est essentiel de comprendre l’anatomie de la région scapulo-thoracique (là où l’omoplate s’attache avec la cage thoracique et le complexe de l’épaule).

 

Tout d’abord, les mouvements typiques de l’omoplate se produisent dans les plans sagittal, coronal et transversal. Les principaux mouvements consistent en des translations et rotations. Pour la translation, elle peut être supérieure (vers le haut) ou inférieure (vers le bas), ainsi qu’en protraction (vers l’extérieur) ou en rétraction (vers l’intérieur). Quant à la rotation, elle peut être assimilée ainsi : haut/bas, interne/externe et antérieure/postérieure.

 

Il faut savoir que l’omoplate constitue un point d’attache musculaire de 17 muscles différents. Ceci permet de stabiliser l’omoplate sur le thorax (articulation scapulo-thoracique), en plus de fournir de la force au membre supérieur et synchroniser le mouvement de la gléno-humérale (l’articulation qui fait bouger l’épaule). En prime, la scapula sert de base à l’activation et au fonctionnement optimal de la coiffe des rotateurs.

 

anatomie de la scapula
Source

 

Parmi les muscles les plus importants ayant un point d’attache au niveau de l’omoplate, on compte :

 

  • le grand dentelé
  • le trapèze
  • les rhomboïdes
  • l’élévateur de la scapula
  • les muscles de la coiffe des rotateurs

 

Ces muscles peuvent exercer leur fonction (incluant la stabilisation scapulaire) grâce à l’innervation de certains nerfs, dont les plus importants sont :

 

  • Nerf long thoracique
  • Nerf accessoire (un des nerfs crâniens)

 

Ainsi, tout dysfonctionnement de ces muscles ou nerfs peut provoquer une dyskinésie scapulaire. L’omoplate peut alors adopter une difformité anatomique au repos, ou alors ne pas bouger optimalement durant les mouvements de l’épaule. Ces changements, bien qu’ils soient parfois asymptomatiques, peuvent également provoquer des douleurs et augmenter le risque de blessure.

 

 

Causes

 

Parmi les causes les plus fréquentes de dyskinésie scapulaire, on compte :

 

  • Blessure traumatique (chute, fracture de la clavicule, etc.)
  • Faiblesse ou déséquilibre musculaire
  • Pauvre coordination musculaire
  • Contractures musculaires et flexibilité réduite
  • Surutilisation ou mouvements répétitifs
  • Sports impliquant une activité au-dessus de la tête
  • Instabilité articulaire (acromio-claviculaire, gléno-humérale, etc.)
  • Antécédent de blessure à l’épaule
  • Cyphose dorsale augmentée
  • Scoliose
  • Lordose cervicale augmentée

 

 

Symptômes

 

La dyskinésie scapulaire peut n’est pas toujours facile à mettre en évidence. Tel que mentionné, il est possible de ressentir aucun symptômes malgré la présence d’un dysfonctionnement au niveau de l’omoplate. Par contre, il est également possible de ressentir les symptômes suivants :

 

  • Douleur ou sensibilité autour de l’épaule ou l’omoplate,
  • Inconfort lors des mouvements d’élévation au dessus de la tête
  • Difficulté lors du soulèvement de charges
  • Sensation d’instabilité lors du mouvement d’épaule
  • Bruit (craquement) lors des mouvements du membre supérieur
  • Perte de force du membre supérieur
  • Altération de la posture et asymétrie
  • Aile d’ange des omoplates (scapula alata)

 

À long terme, la dyskinésie scapulaire peut potentiellement irriter les structures environnantes et provoquer des blessures telles que les suivantes (ou les aggraver si elles étaient déjà présentes) :

 

  • Tendinopathie ou déchirure de la coiffe des rotateurs
  • Irritation ou déchirure des structures entourant l’articulation gléno-humérale (labrum, ligaments, capsule, etc.)
  • Instabilité gléno-humérale ou acromio-claviculaire

 

 

Diagnostic

 

Bien qu’elle puisse être asymptomatique par moments, la dyskinésie scapulaire peut également causer des conséquences néfastes, encore plus si elle n’est pas traitée au bon moment. En effet, une irritation nerveuse ou tendineuse peut s’aggraver avec le temps, et provoquer des faiblesses ou autres déséquilibres muscualaires et articulaires.

 

Si vous ressentez des symptômes anormaux et persistents, il est important de consulter son médecin. Celui-ci va typiquement débuter par un bilan subjectif où il vous posera des questions sur vos symptômes, vos antécédents de blessure, votre historique médical, etc.

 

Ensuite, il va procéder à un examen physique où il évaluera la posture, les mouvements cervicaux, de l’épaule, de l’omoplate, etc. Un bilan musculaire sera également effectué à la recherche de dysfonctionnement au niveau des articulations concernées.

 

Parfois, le médecin va prescrire un examen d’imagerie médicale pour clarifier le diagnostic. Ceci inclut un scanner, une imagerie par résonance magnétique (IRM), ou encore un électromyogramme (EMG).

 

 

Traitement et rééducation

 

Le traitement de la dyskinésie scapulaire est séparé en plusieurs volets. Il existe d’ailleurs plusieurs protocoles axés sur un traitement progressif de cette affection. Évidemment, il est primordial d’identifier la cause exacte ayant mené au dysfonctionnement de l’omoplate pour apporter un traitement adapté.

 

En premier lieu, l’objectif sera généralement de calmer la douleur et l’inflammation. Il faudra donc éviter initialement les mouvements pouvant aggraver la douleur. Des modalités naturelles comme la glace, certaines crèmes anti-inflammatoires, huiles essentielles ou électrothérapie pourraient aider à soulager les symptômes. Ceci permettra également d’offrir au corps un environnement optimal pour guérir.

 

Par ailleurs, il est possible que le médecin juge nécessaire de prescrire des médicaments si les symptômes limitent les activités quotidiennes ou le sommeil. En fonction de la cause, on peut se faire prescrire les médicaments suivants :

 

  • Anti-inflammatoires
  • Anti-douleur
  • Décontractants musculaires
  • Médication contre la douleur neuropathique
  • Etc.

 

Ensuite, l’objectif sera de corriger les déséquilibres musculaires et articulaires reliés à la dyskinésie scapulaire. Un médecin ou thérapeute qualifié (comme un kinésithérapeute) aura préalablement identifié où se situent les dysfonctions. Par exemple, il peut s’agir d’une articulation gléno-humérale (articulation de l’épaule) raide, certains muscles faibles (comme la coiffe des rotateurs), des mouvements non contrôlés, etc.

 

À partir de cette évaluation initiale, il sera possible de prescrire des exercices adaptés visant à corriger les dysfonctionnements, et améliorer les gestes fonctionnels et sportifs. Souvent, on visera le rétablissement de l’équilibre péri-scapulaire par des exercices favorisant une activation des muscles dentelé antérieur, rhomboides, trapèzes moyen et inférieur, tout en minimisant l’implication du trapèze supérieur.

 

Outre la rééducation via les exercices, le professionnel de santé pourrrait ajouter des modalités passives comme les massages ou des mobilisations spécifiques. Ceci permettra de détendre les muscles tendus participant à la douleur, et plus de faciliter les mouvements de l’épaule et/ou de l’omoplate. Souvent, la capsule postérieure de l’épaule devra être assouplie, et le muscle petit pectoral devra être relâché.

 

Dans les cas où les stratégies mentionnées ci-dessus n’apportent aucun soulagement, le médecin traitant pourrait référer vers un spécialiste comme un orthopédiste. Bien que rares, il est possible de traiter la dyskinésie de manière chirurgicale via les interventions suivantes :

 

  • Une correction chirurgicale des structures responsables de la dyskinésie scapulaire
  • Une neurolyse
  • Un transfert musculaire
  • Un transfert nerveux
  • Une arthodèse scapulo-thoracique ou scapuloplexie

 

 

Prévention

 

Afin de prévenir l’aggravation de la dyskinésie scapulaire, il est recommandé d’intégrer les conseils suivants au quotidien :

 

  • S’échauffer convenablement avant le sport (surtout lorsqu’il implique des lancers ou des mouvements des bras au dessus de l’horizontal).
  • Pour les sportifs, ajuster votre technique afin d’éviter de stresser les structures de l’épaule et de l’omoplate excessivement.
  • Travailler sa souplesse et la force des muscles stabilisateurs de l’épaule et de l’omoplate. Un coach sportif ou un kinésithérapeute pourra vous guider à ce niveau.
  • Ne pas forcer l’amplitude des mouvements lorsque vous soulevez des objets, surtout au-dessus de votre tête.

 

 

Source

 

  • https://www.physio-pedia.com/Scapular_Dyskinesia
  • https://journals.lww.com/jaaos/fulltext/2003/03000/scapular_dyskinesis_and_its_relation_to_shoulder.8.aspx