Fracture de l’odontoïde : quelles conséquences ? (Est-ce grave ?)

Fracture de l’odontoïde : quelles conséquences ? (Est-ce grave ?)

Article revu et approuvé par Dr. Ibtissama Boukas, médecin spécialisée en médecine de famille

Les vertèbres cervicales ont pour rôle d’assurer la solidité et la mobilité du cou. Au nombre de sept, elles sont numérotées de C1 à C7, dont la première s’appelle « atlas » et la seconde « axis ». Ces vertèbres se situent au niveau de la nuque, entre la tête et le thorax. Un accident, une chute ou encore un traumatisme peut être à l’origine de fractures des cervicales. Dans cet article, faisons le point sur la fracture de l’axis (C2), appelée également « fracture de l’odontoïde ».

Fracture de l’odontoïde : définition

 

Il est important de voir l’anatomie du processus de l’odontoïde pour mieux comprendre la fracture de l’odontoïde.

 

Anatomie du processus de l’odontoïde

 

Sur sa face supérieure, l’axis possède un processus vertical volumineux sous forme pyramidale appelé « dent de l’axis », « apophyse odontoïde » ou « processus odontoïde ».

 

Cette apophyse odontoïde possède deux ligaments :

 

  • le ligament transverse qui lui permet de s’articuler avec l’atlas ;
  • le ligament apical qui lui permet d’être rattaché à l’os occipital de la tête.

 

La particularité de la morphologie de l’axis lui donne une fonction très importante dans la mobilité du cou. L’apophyse odontoïde assure un rôle de pivot. C’est ce qui rend possible la rotation de l’atlas et de la tête (90° à gauche et à droite).

 

Fracture de l’odontoïde

 

Les fractures de l’odontoïde représentent environ 60 % des fractures de l’axis avec une fréquence qui oscille entre 7 et 14 %. Chez les sujets âgés au-delà de 70 ans, elles constituent les fractures du rachis cervical les plus courantes en cas de chute. En revanche, chez les sujets jeunes, elles peuvent faire suite à des polytraumatismes.

 

Outre les chutes et les polytraumatismes, les fractures de l’odontoïde peuvent également être liées à d’autres pathologies comme :

 

  • une ostéoporose (perte progressive de la densité osseuse fragilisant les os) ;
  • des accidents de travail ou de circulation (coup du lapin ou entorse cervicale) ;
  • des chocs pendant une activité sportive ;
  • des tentatives de suicide par pendaison (fracture du pendu).

 

 

Classification des fractures de l’odontoïde

 

Selon la classification d’Anderson et d’Alonzo, on peut distinguer 3 types de fractures de l’odontoïde.

 

  • Type I: c’est une fracture par avulsion. Elle est rare et stable. Le trait de fracture se localise au niveau de la pointe de l’odontoïde et donne un aspect d’arrachement.
  • Type II: c’est une fracture instable dont le trait de fracture se situe au niveau du col de l’odontoïde. Chez les personnes âgées, ce type de fracture expose à des risques de pseudarthrose.
  • Type III: c’est une fracture stable avec un trait traversant le corps vertébral de la C2 ou la base de l’odontoïde.

 

types de fracture de l'odontoide
Source

 

Lors d’une fracture stable, les tissus mous et les ligaments ne sont pas touchés et le canal rachidien reste intègre. Par contre, si la fracture est instable, les disques, les ligaments et les articulations sont lésés. Le canal rachidien peut être resserré et des fragments d’os peuvent blesser la moelle épinière dans le pire des cas.

 

 

Quels sont les symptômes d’une fracture de l’axis ?

 

Le principal symptôme de la fracture de l’odontoïde est une douleur forte cervicale localisée (cervicalgie aiguë). Celle-ci peut irradier jusqu’à l’épaule ou au bras (névralgies cervico-brachiales). Parfois, on peut observer des déformations. Elles peuvent engendrer des troubles fonctionnels comme les troubles de l’équilibre.

 

En cas de glissement de vertèbres ou de débris d’os, cette fracture peut provoquer une compression de la moelle épinière. Si le nerf phrénique est atteint, il est possible que le patient souffre de troubles ventilatoires. En effet, le diaphragme est le principal muscle de la respiration.

 

Ce type de pathologie neurologique reste rare en raison de l’étendue du canal vertébral cervical. Comme il est plus large que celui dans les vertèbres de la région dorsale haute, la moelle épinière se retrouve moins serrée.

 

 

Comment poser le diagnostic de la fracture de l’odontoïde ?

 

Habituellement, le diagnostic de ce type de fractures cervicales se base sur un premier examen clinique. Il consiste à :

 

  • évaluer la douleur ;
  • vérifier la raideur cervicale ;
  • palper un éventuel hématome.

 

Le médecin prescrira ensuite différents types d’examens d’imagerie qui permettent de confirmer le diagnostic et de choisir le traitement adéquat.

 

La radiographie

 

Cette technique d’imagerie médicale utilise des rayons X pour mettre en évidence le siège de la fracture. De la même manière, elle permet de vérifier la présence d’une luxation de la première vertèbre cervicale (C1). Pour obtenir ces résultats, le médecin utilise une radiographie standard de face et de profil.

 

Un scanner pour apprécier la fracture de l’odontoïde

 

Il permet d’effectuer des images en coupe à l’aide d’un faisceau de rayons X. En cas de fracture de l’odontoïde, il permet de visualiser l’anatomie osseuse de la fracture. Autrement dit, il permet de déterminer le type de fracture et de préciser de l’extension du trait de fracture.

 

Une IRM (Imagerie par Résonnance Magnétique)

 

L’IRM se révèle nécessaire s’il y a des signes d’atteinte neurologique comme la paralysie ou l’insensibilité.

 

Elle donne des images très précises qui permettent d’apprécier clairement l’atteinte des structures nerveuses et l’intégrité du ligament transverse.

 

 

Comment soigner la fracture de l’odontoïde ?

 

Le traitement de la fracture de l’odontoïde peut varier d’un patient à un autre. Il peut dépendre du type de fracture, de l’âge du patient, des signes neurologiques…

 

Traitement médicamenteux

 

Le traitement médicamenteux consiste à traiter la douleur. Pour cela, le médecin vous prescrit généralement du paracétamol ou de l’anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS).

 

Si ces médicaments s’avèrent insuffisants contre la douleur, un antalgique réservé aux douleurs plus intenses peut vous être prescrit.

 

Traitement orthopédique d’une fracture de l’axis

 

Le traitement orthopédique peut aller de pair avec le traitement médicamenteux. Il consiste à stabiliser le cou avec un collier cervical, un corset en résine ou en plâtre.

 

La durée du traitement peut aller de quelques semaines à plusieurs mois. Dans la majorité des cas, ce type de traitement s’adresse :

 

  • aux patients âgés ;
  • aux patients qui présentent une contre-indication à la chirurgie ;
  • aux fractures peu déplacées ;
  • aux patients qui ne présentent aucun symptôme neurologique.

 

Traitement chirurgical d’une fracture de l’odontoïde

 

Le traitement chirurgical de la fracture de l’axis est principalement réservé :

 

  • aux fractures instables (type II) ;
  • aux sujets jeunes ;
  • aux patients qui présentent des troubles neurologiques.

 

Il sert entre autres à remédier à la compression de la moelle épinière. Selon la localisation de la compression, l’intervention peut se faire soit par voie antérieure, soit par voie postérieure.

 

Ce type de traitement peut également corriger la déformation de la colonne vertébrale. Dans ce cas, on fixe les vertèbres avec une vis, des plaques, des crochets ou des tiges (ostéosynthèse). Pour assurer une guérison optimale, il doit être réalisé idéalement dans les 6 heures suivant l’accident.

 

Une phase de rééducation en kinésithérapie devrait toujours suivre une intervention chirurgicale dans le cadre d’une fracture de l’odontoïde.

 

 

Quelles sont les complications de la fracture des cervicales ?

 

Dans la plupart des cas, le traitement de la fracture du processus de l’odontoïde donne de bons résultats. C’est uniquement en cas de troubles neurologiques que des complications peuvent survenir. En effet, la compression de la moelle épinière peut entraîner :

 

  • une chute de tension ;
  • une nécrose des tissus nerveux ;
  • des troubles de la motricité ou de la sensibilité ;
  • une tétraplégie (paralysie des bras et des jambes) en cas de section de la moelle épinière dans cette région ;
  • un dysfonctionnement du rectum, de la vessie (incontinence) et des fonctions sexuelles (rares) ;
  • une mort par asphyxie en cas d’atteinte du nerf phrénique.

 

 

Sources

 

https://www.info-radiologie.ch/fracture_jefferson_odontoide.php

https://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/08/19/25309-mal-dos-complications-heureusement-rares

http://www.unilim.fr/campus-neurochirurgie/IMG/pdf/Fracture_Odontoide_chezsujetdeplusde70ans.pdf

https://sante.journaldesfemmes.fr/fiches-sante-du-quotidien/2628505-fracture-des-cervicales-traitement-operation-consequences/