Migraine cataméniale : Traitement et prévention

Migraine cataméniale : Traitement et prévention

Article revu et approuvé par Dr. Ibtissama Boukas, médecin spécialisée en médecine de famille

La migraine cataméniale est un mal de tête qui concerne 20% à 60% des femmes migraineuses. Elle apparaît autour de la période des règles. En raison de sa récurrence et de sa difficulté de prise en charge, la migraine cataméniale peut constituer un véritable handicap chez certaines femmes. Elle peut donc avoir des retombées psychologiques, familiales, sociales et économiques.

 

Pour toutes ces raisons, il est important d’apporter des informations détaillées sur cette pathologie. Plus particulièrement, cet article va définir la migraine cataméniale, énumérer ses symptômes, parler des moyens de traitement et surtout de sa prévention.

Définition

 

La migraine cataméniale survient chez des femmes ayant un antécédent de migraine. La migraine se définit comme une céphalée (mal de tête) sans lésion organique cérébrale en cause.

 

La migraine cataméniale en particulier est une migraine dont les crises surviennent en fonction du cycle menstruel. Elle est provoquée par l’effondrement du taux d’œstradiol juste avant la venue des règles.

 

 

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Il existe deux types de migraine cataméniale selon la société internationale des céphalées :

 

  • La migraine cataméniale pure : elle est rare et ne concerne que 14% des femmes. Elle n’est ressentie que pendant les règles. Aucune autre crise de migraine ne se manifeste pendant les autres phases du cycle menstruel.
  • La migraine aggravée par les règles : Elle comporte des crises de migraine pendant les règles (entre le deuxième et le troisième jour du cycle) ainsi que des crises en dehors des règles.

 

Ces crises de migraine en dehors des règles peuvent être précédées de symptômes neurologiques appelés auras (auras visuelles, sensitives ou aphasiques). A contrario, les crises de migraine purement menstruelles ne s’accompagnent pas d’auras. Cependant, ces dernières sont plus sévères, durent plus longtemps et ne répondent pas aux traitements anti douleur habituels.

 

 

Mécanisme physiopathologique

 

Dans le fonctionnement de l’organisme féminin, deux hormones jouent un rôle primordial. Il s’agit de l’œstradiol et de la progestérone. Leur taux chute en fin de phase post ovulatoire. Cette chute précède donc de peu la survenue de la crise de migraine cataméniale pure. Le rôle de la progestérone n’est pas clairement établi mais celui de l’œstradiol l’est. Cela implique une imprégnation oestrogénique préalable suffisante.

 

 

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Ainsi, une femme en pré ménopause présente un risque plus élevé de migraine cataméniale car le taux d’œstradiol endogène (produit par l’organisme lui même) est au plus bas. Une prédisposition biologique a été aussi démontrée.

 

De même, la prise de contraception œstro progestative est souvent la cause de migraine cataméniale chez certaines femmes. En effet, les crises de migraine apparaissent volontiers lors des 7 jours d’interruption de la pilule et se calment dès la reprise. Ce mode d’administration, avec interruption des contraceptifs, est à l’origine d’une chute des œstrogènes exogènes (non produits par l’organisme) capable de déclencher la crise de migraine cataméniale.

 

 

Symptômes de la migraine cataméniale

 

Les symptômes d’une migraine cataméniale sont ceux d’une migraine sans aura classique. Il s’agit d’une céphalée (mal de tête) d’intensité modérée ou sévère présentant les caractéristiques ci après :

 

  • La localisation de la douleur est unilatérale (d’un seul coté de la tête).
  • La douleur est pulsatile (le patient a l’impression d’entendre des battements de cœur dans la tête).
  • La céphalée souvent nécessite du repos.
  • Le mal de tête est aggravé par les déplacements et les activités quotidiennes habituelles.

 

 

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Ces maux de tête doivent présenter au moins deux de ces caractéristiques. Ils  peuvent  également être associés soit à des nausées, des vomissements, une photophobie (hypersensibilité à la lumière) ou une phonophobie (hypersensibilité au bruit). Souvent répétitives, les crises sont en gros plus prolongées et plus intenses que des crises de migraine survenant en dehors des menstrues.

 

 

Traitement et prévention

 

Traitement de la crise

 

Les traitements lors des crises de migraine cataméniale doivent être institués dès le début de la crise, le plus tôt possible afin d’être efficaces. Ils doivent être donnés à la bonne posologie et par la bonne voie d’administration (voie rectale ou injection surtout en cas de vomissements).

 

Les anti douleurs classiques comme le paracétamol ne sont pas généralement efficaces. Par ailleurs, les triptans ont prouvé leur efficacité dans plusieurs études. Il s’agit entre autres du sumatriptan, du rizatriptan de l’association sumatriptan-naproxène. Les triptans sont bien tolérés par les patientes et présentent peu d’effets secondaires. Chez certaines patientes ils réduisent même les douleurs au bas ventre lors des règles (dysménorrhées).

 

 

Les médicaments anti inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’acide méfénamique représente le traitement de choix en cas de migraine cataméniale car il diminue le flux des règles et aussi les douleurs pelviennes.

 

On pourra éventuellement associer au traitement de la crise des traitements adjuvants. Par exemple des anxiolytiques et des anti émétiques (contre les vomissements) peuvent être ajoutés si d’autres symptômes sont présents.

 

Enfin, la prévention des crises reste le meilleur traitement de la migraine cataméniale en raison de son caractère récurrent et rebelle.

 

Traitement préventif

 

Le traitement préventif non spécifique de la migraine cataméniale a pour but de réduire la fréquence, la sévérité et la durée  des crises. Il permet aussi d’améliorer la réponse aux traitements. Il sera donc institué chez des patientes dont les crises persistent malgré les traitements curatifs pré cités. Il sera mis en place aussi chez les patientes qui ont besoin de fortes doses de médicaments ou de plusieurs molécules avant d’être soulagées.

 

Le succès des traitements préventifs dépend des possibilités d’anticipation de la venue des menstruations. Le traitement commence quelques jours avant la date présumée des règles et se poursuit durant celles-ci. Ainsi, on pourra par exemple administrer du naproxène 500 mg (AINS), 2 fois par jour avant et pendant les menstrues. Les triptans peuvent aussi être utilisés en traitement préventif.

 

En ce qui concerne le traitement préventif spécifique, il s’agit des solutions visant à éviter la chute brutale des œstrogènes. La voie cutanée est le mode d’administration de choix car elle confère une stabilité des taux d’œstrogènes qu’elle induit. Un traitement à base de patch ou de crème libérant de l’œstrogène sera utilisé 2 jours avant la date présumée de la crise et poursuivi  pendant 7 jours.

 

Migraine cataméniale et contraception

 

 Lorsque des crises de migraine avec auras surviennent chez des femmes sous contraceptifs œstro progestatifs, il faut préconiser :

 

  • Une interruption définitive de la contraception permettant ainsi de diminuer le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC).
  • Une autre option consiste à prendre la pilule combinée en continu. Cela provoque une aménorrhée (absence de règles) mais diminue le risque de migraine.
  • On peut changer les pilules habituelles par des pilules plus faiblement dosées en œstrogènes permettant d’avoir une fenêtre d’interruption mensuelle plus courte. Ce simple petit changement permet déjà de prévenir les crises de migraine cataméniale chez certaines femmes.

 

 

Quelques remèdes naturels

 

  • La naturopathie
  • Masser les tempes au début de la crise avec du baume de tigre.

 

 

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  • Boire de la tisane au gingembre : elle possède des vertus anti-inflammatoires et permet de calmer les nausées.

 

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  •  L’acupuncture.
  • L’homéopathie.
  • Faire des exercices de relaxation comme la méditation, le yoga et la sophrologie.

 

D’autres précautions peuvent être également prises pour prévenir les crises de migraine cataméniale.

 

  • Identifier tous les facteurs susceptibles d’augmenter l’intensité des crises (alimentation, sommeil et rythme de vie, stress, conditions environnementales…).
  • Éviter les lumières fortes en préférant un éclairage tamisé ou en utilisant un filtre anti lumière bleue sur les écrans.

 

 

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Conclusion

 

 La migraine cataméniale est une migraine induite par la chute du taux d’œstradiol juste avant la venue des menstrues. Il existe la migraine cataméniale pure et la migraine aggravée par les règles.

 

Les femmes sous contraceptifs sont sujettes à des crises de migraine cataméniale à cause du mode d’administration comportant une fenêtre d’interruption et donc entraînant une chute des œstrogènes exogènes.

 

La migraine cataméniale se manifeste de la même manière que la migraine sans aura classique. Néanmoins, les crises de migraine cataméniale sont plus intenses, prolongées et sont difficiles à traiter avec les méthodes habituelles.

 

Le traitement curatif de la crise sera efficace s’il est commencé tôt, à dose adaptée et associé aux traitements adjuvants.  En dehors des crises, la prévention doit être la solution prioritaire surtout chez les femmes sous contraceptifs œstro progestatifs.

 

Le passage aux pilules plus faiblement dosées en œstrogènes, la réduction, voire la suppression de la période d’arrêt, peuvent permettre à certaines femmes d’éviter les crises de migraine cataméniale.

 

 

Sources

 

  1. Headache Classification Subcommittee of the International Headache Society (IHS). The International Classification of Headache Disorders (2nd edition). Cephalalgia 2004;24(Suppl.1):1-160. 
  2. Lichten EM, Lichten JB, Xhitty A et al. The confirmation of a biochemical marker for women’s hormonal migraine: the depo-estradiol challenge test. Headache 1996;36:367-71.
  3. Calhoun AH. Menstrual migraine: update on pathophysiology and approach to therapy and management. Curr Treat Options Neurol 2012;14:1-14.
  4. Pringsheim T, Davenport WJ, Dodick D. Acute treatment and prevention of menstrually related migraine headache: evidence-based review. Neurology 2008;70:1555-63
  5. WHO collaborative study of cardiovascular disease and steroid hormone contraception. Ischaemic stroke and combined oral contraceptives: results of an international, multicentre, case-control study. Lancet 1996;348:498-505.
  6. Sulak P, Willis S, Kuehl T et al. Headaches and oral contraceptives: impact of eliminating the standard 7-days placebo interval. Headache 2007;47:27-37
  7. La migraine. Connaissances descriptives, traitements et prévention. Expertise collective Inserm, 1998.
  8. https://www.edimark.fr/Front/frontpost/getfiles/18588.pdf
  9.  https://www.inserm.fr/dossier/migraine/

 

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