Ostéopathie viscérale : Thérapie alternative efficace ? (avis)

Ostéopathie viscérale : Thérapie alternative efficace ? (avis)

Depuis plusieurs millénaires, les guérisseurs pratiquaient des techniques ayant un impact sur les viscères, c’est-à-dire les organes contenus dans nos cavités thoracique et abdominale (le foie, le cœur, les poumons, les reins, les intestins, le pancréas…).

 

L’ostéopathie viscérale est une pratique de médecine alternative qui considère que nos organes peuvent cumuler des tensions, présenter des irritations, souffrir de restrictions dans leurs mouvements et de perturbations dans les interactions qu’ils ont avec les organes et tissus qui les entourent. Selon elle, les différentes parties du corps sont interconnectées, et en agissant sur une zone donnée, on obtient un effet sur une autre zone située à proximité ou à distance.

 

Par exemple, en traitant un blocage au niveau vertébral, on pourrait obtenir une amélioration de symptômes digestifs !

Qu’est-ce que l’ostéopathie viscérale ?

 

L’ostéopathie viscérale est un ensemble de techniques manuelles qui ont pour objectif d’’améliorer le fonctionnement des viscères.

 

Certains la définissent comme une thérapie alternative qui vise à redonner sa mobilité à un organe ou à réduire les contraintes anormales qu’il fait subir à son environnement.

 

En effet, l’ostéopathie considère le système viscéral comme un tout. Les différents organes s’articulant entre eux. Certains possèdent des membranes fibreuses (ligaments, épiploons) qui les relient aux structures voisines. Ils sont en mouvement de manière permanente, notamment du fait des mouvements respiratoires. C’est pourquoi on les compare aux articulations.

 

L’ostéopathe spécialisé dans l’ostéopathie viscérale, grâce à des techniques manuelles précises, agit sur les tensions qui se créent au niveau des fascias (membranes telles que les ligaments et épiploons) afin de les détendre et restituer la liberté de mouvement du viscère et de ses structures voisines. 

 

Il faut rappeler que l’ostéopathie considère le corps humain dans sa globalité. En plus des liens qui existent entre les différents organes, il y a des systèmes qui attachent ces derniers aux parois : ce sont les fascias. Ils permettent d’amarrer les viscères aux cadre thoracique musculo-squelettique et à la paroi abdominale.

 

Par exemple, en ce qui concerne la cavité thoracique, il s’agit des dernières côtes, du rachis dorsal (colonne vertébrale dorsale) et du sternum ; et en ce qui concerne la cavité abdominale, il s’agit des os iliaques, du sacrum et du coccyx.

 

 

Ostéopathie viscérale : approche mécanique ou fluidique ?

 

L’ostéopathie viscérale comporte deux principales approches, qui sont souvent complémentaires :

 

L’approche mécanique

 

Selon ce courant de l’ostéopathie viscérale, les organes intra-thoraciques et intra-abdominaux possèdent une mobilité rythmée par les mouvements respiratoires et influencée par les structures qui les unissent avec les autres organes.

 

Les anomalies de fonctionnement des organes sont alors considérées comme la conséquence d’une perte de cette mobilité physiologique.

 

Le traitement consistera donc à mettre en œuvre des techniques manuelles sur différents organes afin de leur restituer leur liberté de mouvement, et ainsi leur fonctionnement normal.

 

En pratique, les techniques de cette approche peuvent être douloureuses. Néanmoins, les résultats sont souvent rapides et significatifs.

 

L’approche fluidique

 

Cette approche s’intéresse à la motilité des organes. Elle tient compte des mouvements de faible amplitude, lents et invisibles à l’œil nu des différents organes, particulièrement digestifs.

 

Le praticien recherche ces mouvements en testant les viscères un par un afin de les traiter en conséquence (test de motilité).

 

L’approche fluidique est plus douce que l’approche mécanique. Ses techniques sont généralement indolores, voire agréables.

 

A l’heure actuelle, il n’y a aucune étude scientifique qui explique le mécanisme de ces mouvements de motilité des organes. Toutefois, les effets empiriques de l’approche fluidique observés chez de nombreux patients sont très prometteurs.

 

 

Quelles sont les indications de l’ostéopathie viscérale ?

 

Les indications de l’ostéopathie viscérale sont nombreuses. Grâce à des techniques manuelles précises, elle participe au traitement :

 

  • Des troubles musculo-squelettiques : l’ostéopathie viscérale est capable de corriger les anomalies d’interaction entre les viscères et le reste du corps. Elle serait notamment en mesure de participer au traitement des dysfonctionnement chroniques de la colonne vertébrale, des céphalées, des douleurs articulaires, de la sciatique, du syndrome du canal carpien…
  • Des troubles digestifs : en améliorant la mobilité des organes digestifs, l’ostéopathie viscérale pourrait traiter les problèmes de ballonnements, lourdeur postprandiale, constipation chronique, diarrhée chronique, nausées, reflux gastro-œsophagien et de troubles de la déglutition.
  • Des troubles gynécologiques : l’ostéopathie viscérale est parfois utile en cas de douleurs pelviennes chroniques, d’endométriose ou de kystes ovariens. Elle présente également un complément dans la prise en charge des dysménorrhées (règles douloureuses) et des effets de la ménopause.
  • Des troubles urinaires : tels que les infections urinaires à répétition et l’incontinence urinaire.
  • Des troubles urologiques : elle aurait un effet positif sur certaines dysfonctions de la prostate, certains types de douleurs testiculaires et les incontinences urinaires.
  • Des problèmes pédiatriques : l’ostéopathie viscérale représente un traitement complémentaire intéressant dans certaines pathologies pédiatriques telles que la gastrite, la constipation chronique, les vomissements persistants, les coliques, le torticolis et le reflux vésico-urétéral (remontée des urines de la vessie vers les uretères et les reins).
  • Des problèmes émotionnels : l’ostéopathie viscérale trouverait des indications dans certaines affections telles que l’anxiété, la dépression et le syndrome de stress post-traumatique.
  • Des troubles du sommeil : grâce au traitement de certaines anomalies fonctionnelles digestives, nerveuses ou psychiques, l’ostéopathie viscérale peut permettre un retour à la normale de la fonction du sommeil.

 

 

Relation entre atteintes des viscères et lombalgies

 

Les douleurs du bas du dos peuvent être la conséquence d’une anomalie au niveau d’un ou plusieurs viscères abdominaux. Cette relation est expliquée par deux mécanismes selon l’approche ostéopathique viscérale :

 

Le premier est un mécanisme nerveux. Lorsqu’un viscère abdominal est le siège de douleur, le système nerveux interprète le signal douloureux non seulement au niveau de la zone concernée (le viscère), mais également au niveau du dermatome, du myotome, de l’angiotome et du sclérotome (représenté par le squelette, ici la vertèbre) correspondant au territoire touché.

 

NB :

  • Dermatome : territoire cutanée innervé par des nerfs provenant d’une seule racine nerveuse rachidienne.
  • Myotome : ensemble de muscles innervés par la même racine nerveuse rachidienne.
  • Angiotome : ensemble de vaisseaux sanguins innervés par la même racine nerveuse rachidienne.

 

C’est ainsi qu’un mal de ventre peut causer des douleurs lombaires. Notamment par la contraction réflexe et les tensions musculaires au niveau du myotome.

 

Le deuxième mécanisme, c’est l’action des moyens d’attache des viscères sur les structures osseuses. Pour mieux comprendre prenons l’exemple des lombalgies secondaires aux menstruations.

 

En effet, durant les règles, l’utérus est le siège de fortes contractions qui ont pour but d’éliminer le sang et tissus. Il provoque alors des forces d’attraction sur les structures osseuses à proximité par l’intermédiaire de ses moyens d’attaches (ligaments et autres tissus de soutien de l’utérus aux organes voisins). Ceci provoque ainsi des tensions musculaires au niveau lombaire à l’origine de douleurs.

 

 

Ostéopathie viscérale : Dangers et effets secondaires

 

Il n’existe que très peu de contre-indications absolues au traitement par ostéopathie viscérale. Mais certaines techniques et manipulations sont contre indiquées dans des conditions précises.

 

Si l’ostéopathe dépiste des signes d’infection aiguë, de traumatisme récent ou d’inflammation, il préférera repousser la séance afin de permettre au corps de guérir ; ou éventuellement orienter le patient chez son médecin traitant pour bénéficier d’une prise en charge adéquate.

 

Les ostéopathes agissent généralement avec beaucoup de prudence. Lorsqu’ils soupçonnent chez leurs patients une maladie grave, ils n’hésitent pas à leur en parler et les conseiller de se rendre chez un médecin généraliste ou spécialiste.

 

Le seul danger de recourir à l’ostéopathie viscérale est d’entrainer un retard de prise en charge d’une pathologie potentiellement grave ou nécessitant un traitement urgent. Il est donc important de toujours passer par la case « consultation médicale » avant d’envisager d’autres alternatives pour se soigner.

 

Voici quelques contre-indications absolues de l’ostéopathie viscérale :

 

  • Grossesse (aucune technique ne sera utilisée chez une femme enceinte).
  • Cancer digestif (cancer du foie, du colon, de l’estomac…).
  • Cancer ostéophile (c’est-à-dire un cancer ayant un fort risque de se compliquer de métastases osseuses : cancer du sein, de la prostate, du rein, du poumon et de la thyroïde).
  • Chirurgie digestive récente.
  • Fièvre ou autre signe d’infection.

 

Avant toute séance, l’ostéopathe vérifiera minutieusement l’absence de toute contre-indication. Il pourra vous donner quelques directives à respecter pour rendre le traitement plus facile et moins source de désagréments (bonne hydratation, estomac vide…).

 

 

Le nombre de séances d’ostéopathie viscérale nécessaire pour le traitement d’un trouble fonctionnel courant ne dépasse généralement pas trois. Il est d’usage d’espacer les séances de deux à trois semaines.

 

 

Notre avis sur l’ostéopathie viscérale

 

L’ostéopathie viscérale parait être une solution intéressante dans le traitement d’un grand nombre de symptômes fonctionnels en complément aux traitements médicaux classiques. Elle ne peut en aucun cas se substituer à la médecine conventionnelle.

 

L’ostéopathe est, certes, capable de diagnostiquer de nombreux dysfonctionnements d’organes, mais il peut facilement passer à côté de certaines pathologies organiques potentiellement graves. Il est donc indispensable d’avoir un diagnostic précis auprès d’un médecin avant de se tourner vers l’ostéopathie viscérale.

 

 

Références

 

[1]  P. Curtil et A. Métra, Traité pratique d’ostéopathie viscérale, vol. 3. Frison-Roche, 2002.

[2]   J. L. Boutin, « SDO 4 – À propos de l’étude sur la fiabilité de l’ostéopathie viscérale », 2019.

[3]   A. Guillaud, N. Darbois, R. Monvoisin, et N. Pinsault, « SDO 3 – Fiabilité du diagnostic et efficacité clinique de l’ostéopathie viscérale ».

[4]   C. Barry et B. Falissard, « Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’ostéopathie », INSERM U669, 2012.