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Spondylolisthésis : Opération (Quand est-elle indiquée ?)

Derrière ce terme barbare de « spondylolisthésis» se cache une affection assez fréquente de la colonne vertébrale, pouvant toucher (à degrés variables) entre 3 et 7 % de la population générale.

 

Il s’agit d’une situation pathologique caractérisée par le glissement d’une vertèbre vers l’avant par rapport à celle située directement en dessous d’elle.

 

Le spondylolisthésis, bien qu’il puisse parfois rester asymptomatique, peut se manifester par toute une panoplie de symptômes : lombalgies/cervicalgies chroniques, raideurs du rachis, symptômes neurologiques (secondaires à la compression d’éléments nerveux par la vertèbre déplacée)…

 

Sa prise en charge fait généralement appel à des traitements conservateurs, notamment les médicaments antidouleurs, la kinésithérapie et l’ostéopathie.

 

Toutefois, en cas d’échec de cette approche conservatrice, une intervention chirurgicale sera envisagée.

 

Alors en quoi consiste cette intervention ? Qui opérer (indications) ? Quelle est la durée de l’intervention ? Combien de jours d’hospitalisation sont nécessaires ? Quels résultats espérer ? Ce sont les questions auxquelles nous allons répondre dans le présent article.

Qu’est-ce que le spondylolisthésis?

 

L’étymologie du terme spondylolisthésis vient du grec « spondylo » qui signifie «vertèbre », et « listhesis » signifiant « glisser ».

 

En médecine, le spondylolisthésis correspond une affection touchant la colonne vertébrale caractérisée par un glissement d’une vertèbre vers l’avant par rapport à la vertèbre située juste en dessous. On peut également utiliser le terme « antérolisthésis » pour insister sur le fait qu’il s’agisse d’un glissement vers l’avant.

 

spondylolisthésis
Source

 

Lorsque le glissement de la vertèbre se fait vers l’arrière, on parle plutôt de «rétrolisthésis ».

 

Le spondylolisthésis peut concerner n’importe quelle vertèbre de la partie mobile du rachis (rachis cervical, dorsal ou lombaire). Toutefois, les localisations lombaire et cervicale sont nettement plus fréquentes.

 

 

Quelles sont les causes du spondylolisthésis?

 

Il existe 3 grandes catégories de spondylolisthésis : isthmique, dégénératif et congénital.

 

  1. Spondylolisthésis isthmique : les vertèbres sont reliées entre elles en arrière par un pont osseux qu’on appelle « isthme ». En cas de fracture de cette partie, la vertèbre est désolidarisée de celle en dessous, elle peut donc glisser vers l’avant.

 

  1. Spondylolisthésis dégénératif : le glissement est secondaire à une discopathie dégénérative (usure d’un disque intervertébral) ou à une arthrose des articulations vertébrales postérieures (arthrose facettaire).

 

  1. Spondylolisthésis congénital : le glissement résulte d’une malformation au niveau du rachis à la naissance.

 

 

Quels sont les symptômes du spondylolisthésis?

 

Bien qu’il existe des formes asymptomatiques, le spondylolisthésis peut se manifester par de nombreux symptômes. Ces derniers sont le résultat de l’irritation et/ou la compression de certaines structures anatomiques par la vertèbre projetée en avant (principalement la compression de la moelle épinière et/ou ses racines nerveuses).

À LIRE :   Rétrolisthésis : Définition et prise en charge (que faire ?)

 

Voici une liste non exhaustive des symptômes en question :

 

douleur au sacrum
Source

 

  • Douleurs lombaires, cervicales ou lombaires (selon le siège du spondylolisthésis).
  • Raideurs et réduction de la mobilité et de la souplesse du rachis.
  • Signes neurologiques secondaires à la compression d’un élément nerveux : picotements, engourdissement, douleurs, troubles moteurs, incontinence urinaire/fécale… Ce sont des symptômes similaires à ceux qu’on observe lors d’un canal lombaire étroit.

 

Pour plus de détails sur les causes et les symptômes du spondylolisthésis, n’hésitez pas à consulter notre article : spondylolisthésis.

 

 

Quel est le traitement du spondylolisthésis ?

 

La prise en charge du spondylolisthésis dépend de plusieurs paramètres, notamment le siège du glissement, son grade, les structures nerveuses comprimées, le type de symptômes et leur gravité, l’âge du patient, son état de santé général, son désir…

 

Après avoir évalué précisément tous ces paramètres, deux approches thérapeutiques sont possibles : l’approche conservatrice (pas de chirurgie) et l’approche invasive (chirurgie).

 

 

Traitement du spondylolisthésis : approche conservatrice

 

L’approche conservatrice a pour objectif de limier les symptômes et éviter l’aggravation du spondylolisthésis. Elle peut faire appel à des traitements tels que :

 

  • Des médicaments (anti-inflammatoires, antalgiques plus ou moins puissants selon l’intensité des douleurs, relaxants musculaires, infiltrations de corticoïdes, certains antidépresseurs…).

 

  • De la kinésithérapie pour tonifier les muscles stabilisateurs du tronc, préserver la mobilité du rachis et sa souplesse…

 

  • De l’ostéopathie avec la réalisation de certaines manipulations précises et des exercices adaptés. Mais attention, aucune manœuvre manuelle ne pourra « remettre la vertèbre en place » ! Ni l’ostéopathie, ni la kinésithérapie, ni aucune autre thérapie non chirurgicale.

 

  • De l’ergothérapie pour limiter les mouvements exerçant un stress sur le dos et ses structures de soutien (adapter l’environnement du patient, utilisation d’une canne…).

 

  • Le port temporaire d’un corset lombaire ou collier cervical pour soulager temporairement une douleur aiguë.

 

 

Traitement du spondylolisthésis : approche invasive ou chirurgicale

 

Dans certains cas, le traitement chirurgical devient l’ultime solution pour soulager les symptômes du patient.

 

Dans quels cas opérer un spondylolisthésis ?

 

Tout d’abord, il faut avoir à l’esprit que tous les patients porteurs d’un spondylolisthésis doivent pouvoir bénéficier initialement d’un traitement conservateur.

 

Ce dernier se révèle fréquemment efficace pour gérer les symptômes du spondylolisthésis, jusqu’à une certaine mesure.

 

De plus, les études scientifiques ont démontré que même en cas d’échec des méthodes conservatrices, le temps écoulé en le mettant en œuvre n’influe pas sur les résultats du traitement chirurgical.

 

Autrement dit, il n’y a rien à perdre et tout à y gagner en tentant d’abord une approche conservatrice !

 

Dans la grande majorité des cas, les patients porteurs de spondylolisthésis demandent à être opérés en cas de douleur réfractaire, c’est-à-dire rebelle à tous les traitements conservateurs mis en œuvre.

 

discussion sur la chirurgie entre le médecin et le patient
Source

 

Cette indication est surtout basée sur le ressenti du patient, sur sa capacité à gérer ou supporter la douleur (seuil de résistance à la douleur variable d’un individu à l’autre).

 

Dans ce cas de figure (douleur réfractaire), l’intervention chirurgicale n’est pas une urgence, car il n’y a pas de risque immédiat qui menace la santé du patient. Elle peut donc être différée pour être réalisée sereinement après une évaluation précise de tous les différents paramètres.

À LIRE :   Spondylolisthésis : 5 Exercices kiné pour guérir

 

Par contre, il existe certaines situations qui imposent un traitement chirurgical dans les meilleurs délais, avant l’aggravation des symptômes. Les voici :

 

  • Syndrome de la queue de cheval : troubles urinaires tels que l’incontinence, perte de la sensibilité au niveau des fesses et de la région génitale.
  • Sciatique paralysante : douleur sciatique avec troubles moteurs au niveau du membre inférieur pouvant aller jusqu’à la paralysie.
  • Sciatique hyperalgique : douleur sciatique insupportable malgré un traitement médical bien conduit.
  • Déficit neurologique de distribution radiculaire : perte de la sensibilité, troubles moteurs ou douleurs au niveau d’une zone innervée par une racine nerveuse comprimée par le spondylolisthésis…

 

En quoi consiste l’intervention ?

 

L’objectif de l’intervention chirurgicale du spondylolisthésis est de lever la compression exercée sur les éléments nerveux avant de fusionner les vertèbres pour les fixer en bonne position grâce une arthrodèse (arthrodèse lombaire, dorsale ou cervicale).

 

arthrodèse lombaire
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L’union des vertèbres peut faire appel à un système de tiges, de vis et/ou de cages (ostéosynthèse), ou à une greffe osseuse (prélèvement d’un peu d’os, généralement au niveau de la hanche du patient) qui va fusionner les vertèbres avec le temps.

 

Dans certains cas, la vertèbre déplacée peut même être réalignée avec le reste du rachis.

 

Parfois, une laminectomie sera nécessaire pour décomprimer un élément nerveux.

 

Quelle est la durée de l’intervention ?

 

L’intervention chirurgicale du spondylolisthésis se fait le plus souvent sous anesthésie générale. Elle dure entre 1 et 5 heures en fonction des techniques utilisées, de la complexité de l’intervention, de l’ampleur de la compression…

 

chirurgie
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Pour certaines interventions sur le rachis lombaire qui durent moins de 2 heures, il est possible de réaliser l’intervention sous rachianesthésie.

 

Cette dernière consiste à injecter un produit anesthésique au niveau du liquide céphalo-rachidien via une ponction lombaire. Cela permet d’anesthésier la partie inférieure du corps du patient. Ce dernier reste donc conscient durant l’intervention, mais ne ressent aucune douleur.

 

Quelle est la durée d’hospitalisation ?

 

Il faut compter 3 à 4 jours d’hospitalisation en moyenne pour une intervention chirurgicale du spondylolisthésis. Cette durée est évidemment variable selon la complexité de la procédure, l’état du patient avant et après l’opération, la stabilité du rachis, la survenue d’éventuelles complications…

 

Quelles sont les complications possibles de l’intervention ?

 

Outre les complications classiques inhérentes à toute autre intervention chirurgicale (infection, hématome postopératoire, thrombose veineuse profonde, embolie pulmonaire…), la chirurgie du spondylolisthésis peut se compliquer de :

 

complications chirurgicales
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  • Brèche de la dure-mère: lésion de l’enveloppe qui entoure la moelle épinière et ses racines avec écoulement de liquide céphalo-rachidien.

 

  • Hématome postopératoire : généralement sans conséquence. Parfois, il peut comprimer le sac dural et son contenu (moelle épinière et racines nerveuses). Dans ce cas, il doit être drainé rapidement pour éviter des lésions neurologiques.

 

  • Paralysie selon l’étage rachidien opéré: par exemple, en cas d’intervention au niveau du rachis cervical, il existe un risque de paralysie des 4 membres (tétraplégie).
À LIRE :   Spondylolisthésis : Reconnaissance de handicap ?

 

  • Lésions des gros vaisseaux : elles se voient exceptionnellement lorsque l’intervention se fait avec une voie d’abord antérieure (le chirurgien passe par le ventre pour atteindre le rachis, le patient est alors couché sur le dos).

 

  • Lésion d’un organe abdominal(voie antérieure également).

 

  • Déstabilisation de l’ostéosynthèse (les vertèbres ne sont pas bien fixées par les tiges/vis/greffe osseuse).

 

D’autres complications sont possibles. Toutefois, toutes les précautions sont prises pour rendre ces évènements indésirables exceptionnels.

 

Comment se passe la période de convalescence ?

 

Le patient voit généralement ses symptômes (lombalgies, douleurs des membres inférieurs, engourdissements…) s’améliorer progressivement dans les jours ou semaines qui suivent l’intervention.

 

Des séances de rééducation seront nécessaires pour aider le patient à retrouver une meilleure mobilité et souplesse du dos.

 

Il pourra reprendre son activité professionnelle après environ 6 semaines (variable selon la profession et la condition).

 

 

Références

 

[1]  J. W. Ogilvie, « Complications in spondylolisthesis surgery », Spine, vol. 30, no 6S, p. S97‑S101, 2005.

[2]  T. D. Koreckij et J. S. Fischgrund, « Degenerative spondylolisthesis », Clinical Spine Surgery, vol. 28, no 7, p. 236‑241, 2015.

[3]  J. W. Frymoyer, « Degenerative spondylolisthesis : diagnosis and treatment », JAAOS-Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons, vol. 2, no 1, p. 9‑15, 1994.

[4]  C. J. DeWald, J. E. Vartabedian, M. F. Rodts, et K. W. Hammerberg, « Evaluation and management of high-grade spondylolisthesis in adults », Spine, vol. 30, no 6S, p. S49‑S59, 2005.

[5]  R. B. Cloward, « Spondylolisthesis: treatment by laminectomy and posterior interbody fusion. », Clinical orthopaedics and related research, no 154, p. 74‑82, 1981.

[6]  T. L. Schulte, F. Ringel, M. Quante, S. O. Eicker, C. Muche-Borowski, et R. Kothe, « Surgery for adult spondylolisthesis : a systematic review of the evidence », European Spine Journal, vol. 25, no 8, p. 2359‑2367, 2016.

[7]  H. Möller et R. Hedlund, « Surgery versus conservative management in adult isthmic spondylolisthesis : a prospective randomized study: part 1 ». LWW, 2000.

[8]  J. S. Lombardi, L. L. Wiltse, J. Reynolds, E. H. Widell, et C. Spencer 3rd, « Treatment of degenerative spondylolisthesis. », Spine, vol. 10, no 9, p. 821‑827, 1985.

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