Syndrome des jambes sans repos : Comment le soulager ?

Syndrome des jambes sans repos : Comment le soulager ?

Vous avez certainement un ami, un membre de votre famille ou un collègue qui ne peut pas s’empêcher de bouger ses jambes de manière continuelle. Cela n’est pas seulement un signe de stress, c’est une véritable maladie qui touche 8.5% des Français appelée « syndrome des jambes sans repos ».

 

Picotements, sensations de brûlure, fourmillements avec un besoin irrépressible de bouger les jambes sont les principaux symptômes de cette affection. Les personnes qui en sont atteintes souffrent souvent de troubles du sommeil, de la mémoire et de la concentration.

 

Les causes précises du syndrome des jambes sans repos restent floues. Sa prise en charge repose généralement sur la mise en œuvre de certaines mesures hygiénodiététiques. Parfois,  devant des formes sévères et récalcitrantes, l’instauration d’un traitement médicamenteux peut se révéler nécessaire.

Syndrome des jambes sans repos (SJSR) : c’est quoi ?

 

Le syndrome des jambes sans repos, qu’on appelle également « maladie de Willis et Ekbom », « syndrome d’impatiences musculaires de l’éveil » ou simplement « impatiences », est un trouble neurologique sensorimoteur chronique caractérisé par des mouvements répétitifs, incontrôlés et irrésistibles des membres inférieurs au repos, pendant le sommeil ou les périodes d’inactivité (les membres supérieurs peuvent également être touchés).

 

On distingue principalement deux formes de ce syndrome. La forme primaire ou précoce qui survient chez des adultes jeunes ayant une prédisposition génétique (ayant des membres de la famille souffrant de cette pathologie), et la forme secondaire ou comorbide qui survient chez des sujets ayant des maladies associées comme la carence en fer, le diabète, l’insuffisance rénale ou certaines pathologies neurologiques.

 

Les conséquences du syndrome des jambes sans repos peuvent être majeures. Les troubles du sommeil représentent la principale plainte des patients qui en souffrent.

 

 

Comment se manifeste ce syndrome ?

 

Ces impatiences se manifestent au repos par des sensations profondes désagréables au niveau des membres inférieurs. Elles siègent généralement entre la cheville et le genou. Elles peuvent être à type de :

 

  • Fourmillements,
  • Picotements,
  • Sensations de décharges électriques,
  • Démangeaisons,
  • Chaleur ou brûlures,
  • Douleur (chez une proportion variable de patients).

 

Ces sensations fortement inconfortables provoquent un besoin irrépressible de bouger les jambes, de les étirer ou de marcher afin de permettre un soulagement momentané.

 

Les impatiences surviennent en général le soir, elles sont alors souvent source de troubles du sommeil à type d’insomnie, de réveils nocturnes, de difficulté à s’endormir…

 

Le syndrome des jambes sans repos peut toucher tous les âges, mais les adultes de plus de 50 ans, surtout les femmes, sont les plus fréquemment concernés par formes sévères et chroniques.

 

 

Quelles sont les causes du syndrome des jambes sans repos ?

 

Les mécanismes précis des symptômes restent méconnus à ce jour. Mais on sait que plusieurs facteurs sont impliqués :

 

  • L’âge : le syndrome des jambes sans repos est plus fréquent chez les personnes âgées et ses symptômes augmentent d’intensité avec le temps.
  • La prédisposition génétique : la forme primaire, ou idiopathique, du syndrome de jambes sans repos est le plus souvent d’origine familiale. Elle apparait plus précocement que les formes secondaires, généralement au début de l’âge adulte, et s’aggrave progressivement pour atteindre son pic vers 50 ans. Les gènes impliqués dans cette pathologie ont été identifiés, ils sont retrouvés dans plus de deux tiers des cas dans les formes familiales.
  • Le diabète : la fréquence des impatiences est particulièrement élevée chez les diabétiques. Cela pourrait s’expliquer par l’atteinte nerveuse liée au diabète (la neuropathie diabétique) qui favorise les picotements, fourmillements et diverses sensations profondes désagréables au niveau des jambes.
  • Le manque de dopamine: la dopamine est un médiateur chimique présent au niveau du système nerveux central qui permet la communication entre les nerfs et la régulation des mouvements. Les études ont mis en évidence une diminution de la concentration en dopamine chez les personnes atteintes du syndrome des jambes sans repos.
  • La carence en fer : on observe fréquemment l’apparition des impatiences chez les personnes souffrant de carence en fer, notamment chez les femmes lors de la grossesse. En effet, jusqu’à 30 % des femmes enceintes présentent un syndrome des jambes sans repos. Il disparait généralement après l’accouchement. La carence en fer, avec ou sans anémie, diminue la production de dopamine au niveau du système nerveux central. Ce qui participe à déclencher les symptômes.
  • L’insuffisance rénale : le syndrome des jambes sans repos est fréquent chez les personnes souffrant d’insuffisance rénale. Les symptômes apparaissent couramment lors des séances de dialyse (patient au repos, en position assise ou allongée pendant plusieurs heures), ce qui rend ces dernières plus désagréables qu’elles ne le sont déjà.

 

D’autres facteurs sont soupçonnés dans le syndrome des jambes sans repos, notamment l’obésité, la consommation excessive d’alcool ou de caféine, la carence en vitamine B9 ou B12, certaines maladies neurologiques telles que la sclérose en plaques et la sclérose latérale amyotrophique…

 

 

Comment se pose le diagnostic de SJSR ?

 

Le syndrome des jambes sans repos est une maladie dont le diagnostic repose essentiellement sur l’interrogatoire. Cinq critères doivent être présents pour poser le diagnostic selon le consensus de l’IRLSSG (International Restless Legs Syndrome Study Groupe ou groupe d’étude international du syndrome des jambes sans repos) :

 

  1. Besoin impérieux de bouger les membres : dans 80% des cas, ce sont les membres inférieurs qui sont concernés. Ce besoin est la conséquence des sensations profondes désagréables à type de picotements, de fourmillements…
  2. Début ou aggravation des symptômes dans les périodes de repos ou d’inactivité.
  3. Soulagement total ou partiel des symptômes par le mouvement (étirement ou marche par exemple) au moins aussi longtemps que dure l’activité motrice (tant que le patient bouge, les symptômes disparaissent ou diminuent fortement).
  4. Apparition de symptômes plus intenses le soir et la nuit.
  5. Absence d’une autre pathologie qui pourrait expliquer les symptômes : éliminer les diagnostics différentiels tels que les maladies neurologiques.

 

Aucun examen complémentaire n’est nécessaire pour poser le diagnostic de syndrome des jambes sans repos. La polysomnographie n’est pas indispensable, mais elle peut être réalisée afin de mettre en évidence des mouvements périodiques des jambes ayant pour conséquences un allongement de la latence d’endormissement et des éveils nocturnes prolongés.

 

La détection de l’activité musculaire des membres inférieurs est détectée grâce à un enregistrement électromyographique et un enregistrement vidéo nocturne continu. Tout cela est réalisé durant une polysomnographie. Cet examen permet également de dépister d’autres troubles du sommeil, notamment le syndrome d’apnées du sommeil.

 

Le dosage de la ferritinémie est systématiquement réalisé pour dépister une carence en fer. On profite du prélèvement sanguin pour doser la créatininémie et la glycémie à jeun afin de mettre en évidence une éventuelle insuffisance rénale ou un diabète.

 

D’autres examens complémentaires peuvent être demandés par le médecin en fonction de l’orientation diagnostique, notamment l’échodoppler artérioveineux des membres inférieurs en cas de suspicion d’atteinte vasculaire, l’électroneuromyographie en cas de suspicion de maladie du système nerveux périphérique.

 

 

Quel est le traitement du syndrome des jambes sans repos ?

 

Dans la plupart des cas, les personnes atteintes du syndrome des jambes sans repos minimisent leurs symptômes et n’en parlent pas à leur médecin traitant. Ils se contentent de gérer le problème grâce à de petites solutions telles que les massages, les bains chauds… Cela peut être suffisant pour les formes légères, mais pour les formes chroniques sévères, c’est une tout autre histoire !

 

Traiter la cause

 

Lorsqu’une cause est trouvée, il suffit de la traiter pour guérir le syndrome des jambes sans repos : une supplémentation en fer devant une carence martiale, une supplémentation vitaminique en cas de carence en acide folique (vitamine B9), une greffe en cas d’insuffisance rénale terminale …

 

Dans la majorité des situations, aucune cause n’est décelée. On est alors devant une forme primaire du syndrome des jambes sans repos (ou idiopathique). Il est toutefois possible d’atténuer les symptômes en modifiant quelques habitudes de vie et en éliminant certains facteurs aggravants.

 

Modifier ses habitudes de vie

 

De petites modifications des habitudes de vie suffisent parfois à réduire l’intensité et la fréquence des symptômes lors des formes légères à modérées du syndrome des jambes sans repos.

 

Voici quelques-unes des mesures à adopter :

 

  1. Limiter la consommation des excitants tels que le café, le thé, l’alcool, les boissonsénergisantes…
  2. Pratiquer une activité physique régulière modérée : faire des exercices d’aérobic des membres inférieurs au moins trois fois par semaine aide à soulager les symptômes.
  3. Dormir et se lever à heures fixes : cela permet de régler son horloge biologique et s’endormir plus facilement.
  4. Dormir dans une chambre fraîche : le syndrome des jambes sans repos provoque parfois des sueurs nocturnes qui altèrent la qualité du sommeil. Il est donc conseillé de maintenir une température ambiante aux environs de 18°C.
  5. Éviter les activités stimulantes ou excitantes le soir : il est déconseillé de pratiquer une activité physique intense, de jouer aux jeux vidéo … Car cela éloigne le sommeil et favorise les symptômes désagréables du syndrome des jambes sans repos. Privilégier plutôt les activités apaisantes telles que les méthodes de relaxation (le yoga, le tai-chi, le stretching, la méditation…) ou la prise d’une tisane.
  6. Ne pas réprimer l’envie de bouger : s’empêcher de bouger ne fera qu’accentuer les symptômes. Lorsque le besoin se fait ressentir, il est conseillé de « céder » et bouger les jambes, les plier ou réaliser quelques étirements doux pour se soulager.
  7. Se faire des automassages : cela peut être efficace pour soulager les symptômes de manière immédiate, mais temporaire. Les automassages sont surtout d’une grande aide le soir avant de se coucher, car ça procure un soulagement d’une durée assez longue pour permettre l’endormissement.
  8. Prendre des bains chauds : la chaleur détend les muscles et stimule la circulation sanguine.
  9. Garder son esprit occupé lorsqu’on est amené à rester assis longtemps.

 

Traitement médicamenteux

 

Actuellement, il n’existe aucun traitement médicamenteux qui puisse guérir le syndrome des jambes sans repos.

 

Certains médicaments sont utilisés pour atténuer les symptômes et limiter les complications :

 

Les agonistes dopaminergiques : les médicaments utilisés dans la maladie de Parkinson tels que le pramipexole, la rotigotine et le ropinirole peuvent également être prescrits à moins forte dose en première intention pour diminuer les mouvements nocturnes des jambes chez les personnes atteintes du syndrome des jambes sans repos.

 

L’efficacité de cette classe thérapeutique dans ce contexte n’est que modeste. Son utilisation est généralement réservée aux formes sévères, car elle comporte de nombreux effets secondaires néfastes tels que les troubles compulsifs du comportement (boulimie, dépendances…), l’aggravation paradoxale des symptômes, des troubles digestifs (nausées, vomissements) …

 

C’est pour cela qu’un suivi régulier chez le médecin est nécessaire afin que ce dernier évalue la réponse au traitement et surveille sa tolérance. Il pourra ainsi ajuster les doses, changer de médicament ou carrément arrêter le traitement.

 

Certains antalgiques (oxycodone, codéine) : ils sont utilisés en cas de douleurs et dans le traitement symptomatique des impatiences après échec du traitement par agonistes dopaminergiques.

 

Les benzodiazépines hypnotiques : ils sont utilisés dans la lutte contre les troubles du sommeil secondaires au syndrome des jambes sans repos. Leur prescription doit faire l’objet d’une surveillance médicale étroite, car il existe un risque important d’accoutumance avec baisse progressive de l’effet thérapeutique. Ils sont généralement envisagés en dernier recours et pour de courtes durées.

 

 

Pronostic et évolution

 

Le syndrome des jambes sans repos évolue de manière très variable d’une personne à une autre. Pendant que certains présentent des symptômes épisodiques, d’autres souffrent de symptômes sans rémission (toutes les nuits). Il existe donc des formes intermittentes et des formes chroniques.

 

Les symptômes peuvent ne concerner que le début des nuits, mais ils peuvent dans les cas sévères persister et provoquer des nuits blanches.

 

Le syndrome des jambes sans repos est, certes, pénible, insomniant et parfois douloureux, mais il ne présente aucun risque vital et ne risque pas d’évoluer vers une maladie neurodégénérative telle que la maladie de Parkinson.

 

 

Références 

 

[1]  I. Arnulf, « Le syndrome de jambes sans repos : une cause fréquentes d’insomnie », Lett. Neurol., vol. 9, p. 12‑6, 2005.

[2]  D. Doummar, « Le syndrome des jambes sans repos », Médecine ThérapeutiquePédiatrie, vol. 14, no 2, p. 126‑127, 2011.

[3]  E. Karroum, E. Konofal, et I. Arnulf, « Le syndrome des jambes sans repos », Rev. Neurol. (Paris), vol. 164, no 8‑9, p. 701‑721, 2008.

[4]  J. Krieger, Le syndrome des jambes sans repos. John Libbey Eurotext, 2006.

[5]  G. Vellieux et M.-P. d’Ortho, « Le syndrome des jambes sans repos », Rev. Médecine Interne, vol. 41, no 4, p. 258‑264, 2020.

[6]  C. Monaca, « Physiopathologie du syndrome des jambes sans repos », Presse Médicale, vol. 39, no 5, p. 587‑591, 2010.