Rééducation et prise en charge du golfeur autour de la lombalgie

Rééducation et prise en charge du golfeur autour de la lombalgie
«J’ai des douleurs lombaires donc Je ne peux pas jouer au golf» est une idée reçue à combattre, mais il faut accompagner la pratique de notre sport de précautions simples.

 

 

Parmi les idées reçues les plus tenaces concernant le golf, il en est une qui est entretenue même par certains professionnels de santé, à savoir que la pratique du golf entraîne l’apparition de lombalgies.

Le swing de golf est un sport très intégré qui requiert une mobilité et une force tridimensionnelles surtout au niveau des hanches et du bassin. Il existe environ 23 amplitudes de mouvement dans le corps qui sont essentielles pour un swing efficace, et aucun n’est plus important que l’articulation fémoro-acétabulaire (également appelée articulation de la hanche). La rotation du bassin pendant le swing de golf est l’un des mouvements clés, favorisant la stabilité et le transfert de puissance pendant les deux phases du swing.

Lorsque la rotation de l’articulation acétabulaire-fémorale est limitée dans une articulation ou dans les deux, les demandes de rotation sont transférées de manière proximale vers la région lombaire, la colonne vertébrale et les articulations sacro-iliaque. Cette compensation affecte la biomécanique du swing et conduit à une rupture mécanique dans la région de la colonne lombaire.

Nous aborderons donc les incidences liées aux lombalgies du golfeur pour voir ensuite la biomécanique du swing et les contraintes qui s’imposent sur cette zone.

Nous verrons que certaines restrictions pourront provoquer les facteurs de risque, mais qu’il existe des moyens de les éviter.

 

 

Incidence des lombalgies chez le golfeur 

 

Elle est la pathologie la plus fréquente au golf puisqu’environ 50% des golfeurs et golfeuses amateurs et 30% des joueurs et joueuses professionnels ont déjà ressentis une douleur dans cette zone.

La lombalgie correspond aux douleurs ressenties par le golfeur au niveau du rachis lombaire (bas de la colonne vertébrale).

Le golf n’est pas forcément à l’origine de ces douleurs mais peut révéler des problèmes déjà existants. A ce jour, les données épidémiologiques invalident la notion de sur risque liée au golf.

La lombalgie est la première cause d’arrêt des carrières chez les golfeurs professionnels. (Smith & all, Sports Health 2018)

 

 

Ces lombalgies sont régies par 3 facteurs prédominants :

– La biomécanique du swing de golf : le rachis et les vertèbres.
– La posture et le swing de golf
– Le matériel.

Nous verrons donc comment anticiper et prendre en charge ces lombalgies.

Mais d’abord, regardons la biomécanique du mouvement au niveau lombaire pour comprendre les contraintes qui s’y imposent.

 

Les contraintes supportées par le rachis 

 

  • Dans la vie quotidienne : 1 à 4 fois le poids du corps pour des activités physiques modérées au niveau L4-L5 et L5-S1 (2 derniers étages du rachis)
  • Lors de la pratique du golf : 6 à 8 fois le poids du corps sur le dernier disque lombaire à mi-downswing.

 

 

Le principal facteur engendrant les douleurs du rachis lombaire est le manque de mobilité.

Des recherches ont montré une corrélation positive entre la diminution de la rotation de la hanche dominante et l’amplitude des mouvements lombaires avec des antécédents de lombalgies chez les golfeurs professionnels. Etude réalisé en 2004 par Dr James Andrews et all.

L’hypothèse de l’auteur était que les douleurs capsulaires se sont produit en raison de l’hyper tonicité du rotateur externe de la hanche et de l’inhibition des rotateurs internes correspondants.

Il existe dans la littérature, notamment chez les golfeurs, une corrélation entre les lombalgies et les restrictions de mobilité.

 

Les restrictions de mobilité (Preuves scientifiques)

 

  • Corrélation significative entre la limitation de la rotation interne de hanche et les lombalgies chez le golfeur de haut niveau.
  • Examen comparatif des rotations de hanche est indispensable chez le golfeur avec ou sans lombalgie +++.
  • Augmentation du side bending (inclinaison) droit du rachis lombaire à l’impact et durant le follow through.
  • Diminution de la rotation du bassin durant le follow through et au finish.
  • Augmentation de la rotation axiale du rachis lombaire au top backswing et au finish.
  • Augmentation de la cyphose lombaire à l’impact.

Tout ceci augmente les contraintes lombaires durant le swing: Disques inter vertébraux et articulaires postérieures.

Outre les restrictions de mobilité, d’un point de vue technique il existe aussi des facteurs de risque spécifique lié au golf.

 

 

Les facteurs de risque spécifiques au golf 

 

  • La posture (position à l’adresse). = Neutre: meilleur mécaniquement / C: précontraintes sur le disque inter vertébral / S : précontraintes sur les articulaires postérieures.

 

  • Les restrictions de mobilité:
    • Rotation interne de hanche droite chez le droitier (Backswing),
    • Rotation interne de hanche gauche chez le droitier (Downswing)

 

  • Les anomalies de recrutement musculaire.
    • Retard de contraction : joueurs lombalgiques versus joueurs asymptomatiques :
      • Grand oblique : backswing.
      • Petit oblique : downswing.
      • Diminution de force et d’endurance sur les multifidius chez les joueurs lombalgiques.
    • Diminution d’endurance sur le transverse de l’abdomen chez les joueurs lombalgiques.
    • Importance du travail de gainage en dynamique !! (Lindsay & al., Asian Journal of Sports Medicine 2014 Dec)
    • Incidence sur l’équilibre et coordination

 

  • La dissociation anté / rétro version.
    • Doit être testée à vitesse élevée !!! d’un point de vue clinique et pas lentement.
    • Doit être testée en position debout, de type “Adresse” +++.
    • Axe éducatif et préventif chez les jeunes joueurs !!
    • Axe de prévention des récidives chez les joueurs lombalgiques.
    • Axe de travail en préparation physique pour améliorer la performance.

 

  • La dissociation épaules / bassin.
    • Elle est indispensable pour obtenir un swing performant.
    • Elle est testée systématiquement chez les joueurs de haut niveau (et les espoirs) : est travaillée dans une optique de performance et de prévention.
    • 2 aspects :
    • Épaules sur bassin fixe.
    • Bassin sur épaules fixes.
    • Et chez le pratiquant amateur ? Intérêt du swing compact ?
      • C’est Le facteur X : C’est la différence entre la rotation des épaules et la rotation du pelvis au top backswing.
    • Différentes études ont démontré qu’il n’y a pas de corrélation entre le facteur X et la vitesse de la tête de club à l’impact. (Cheetham & al. 2001)
    • Mais le swing moderne nécessite un important Facteur X au top backswing et un important Facteur X “étiré” au début du downswing. (Kwon & al. 2013)

 

  • Le “Crunch” facteur : C’est une caractéristique des swings des joueurs de haut niveau :
    • A l’impact et Pendant le follow through.
    • Au même moment combinaison d’une inclinaison latérale du rachis lombaire et d’une vitesse élevée de rotation du pelvis. (Cole & Grimshaw, 2014)

 

  • Les problèmes techniques :
    • Le finish en hyper extension/ Le slide/ Le pivot inversé.
    • Défaut de matériel

 

Néanmoins, il existe des méthodes simples pour réduire les facteurs de risque de lombalgie chez les golfeurs.

 

 

Les exercices à proposer à vos golfeurs pour réduire le risque de lombalgie

 

– Anté et rétroversion du bassin au sol sur le dos puis à quatre pattes 

 

 

– Chevalier servant : Armer jusqu’aux épaules, tourner puis pousser les bras tendus. (Half Kneeling Position)

– Debout : anté et rétroversion du bassin avec assistance

 

– Assis : Ramasser des objets au sol sur les côtés : stimulation des canaux antérieurs et postérieurs de l’oreille interne. (Responsable de la stabilisation de la colonne vertébrale)

 

– Attacher ses lacets de chaussures sur 1 pied : stimulation des canaux antérieurs et postérieurs de l’oreille interne en priorité + canaux horizontaux, utricules et saccules.

 

– Assis à debout avec pivot sur le côté : stimulation des canaux antérieurs et postérieurs de l’oreille interne en priorité + canaux horizontaux à chaque mouvement rotatoire.

 

– Debout Position de fente : ramer avec un bras

 

 

– Travail des quadriceps : l’incidence des lombalgies chez le golfeur professionnel est inversement proportionnelle à la force des quadriceps.

 

– Travail du transverse et des obliques

 

 

Le golf : une activité pour la prévention du vieillissement physiologique du rachis 

 

Par contre, la pratique du golf est très intéressante dans le cadre de la prévention du vieillissement physiologique du rachis :

  • Conserver (dans le cadre du vieillissement) ou améliorer la force musculaire (abdominaux, grands fessiers, muscles postérieurs de la région lombaire…) ;
  • Conserver ou améliorer l’extensibilité des tendons et des muscles ;
  • Conserver ou améliorer les qualités de proprioception (sens de l’équilibre + sens de position dans l’espace) ;
  • Conserver ou améliorer les capacités de dissociation :
    • Épaules par rapport au bassin (et inversement),
    • Antéversion et rétroversion du bassin (constituent un élément de base de la rééducation des lombalgies depuis plusieurs décennies !).

Enfin, les contraintes mesurées au niveau lombaire durant le swing de golf sont importantes à connaître :

  • Elles sont maximales entre 70 % du downswing et l’impact 5 ;
  • Elles correspondent à 6 fois le poids du corps chez les amateurs et 7 fois chez les professionnels 6, 7, ceci au niveau du disque intervertébral L5-S1.

 

Les bons conseils

 

 

  • Effectuer un échauffement de 7 à 10 minutes sans les clubs de golf avant de taper vos premières balles. Vous réduirez ainsi les risques de blessure et vous jouerez mieux !
  • Adopter un swing adapté à votre âge, votre morphologie. Voyez cela avec votre pro enseignant qui est le docteur de votre swing.
  • Jouez des 2 côtés pour améliorer la symétrie de force musculaire.
  • Pas de jeu excessif (overuse)
  • Effectuer un fitting afin d’être certain que votre matériel est parfaitement adapté à votre niveau de jeu, votre âge, votre morphologie… C’est ici qu’intervient le docteur des clubs !
  • Attention à la fréquence des frappes au practice : maximum 3 balles à la minute ! Cela réduit considérablement les risques de blessure.
  • Attention aux excès de practice après une interruption hivernale par exemple ! Il faut reprendre la pratique de manière progressive.
  • Attention au practice sur des tapis reposant sur une surface dure (béton) ! Préférer le practice sur herbe, mais cela n’est pas évident dans de nombreux clubs en France !

 

Pour conclure

 

  • La pratique du golf n’est pas responsable des différentes pathologies lombaires, elle ne fait que révéler un état préexistant lié au vieillissement classique du rachis.
  • La pratique du golf a un impact positif vis-à-vis du vieillissement de l’appareil ostéo-articulaire et en particulier de la colonne lombaire.
  • « J’ai des douleurs lombaires donc je ne peux pas jouer au golf » est une idée reçue à combattre, mais il faut accompagner la pratique de notre sport de précautions simples (voir les bons conseils).
  • L’analyse Bénéfices / Risques de la pratique du golf est positive même chez les individus lombalgiques dans la majorité des cas.

 

 


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