Théorie du Portillon: Modulation de la douleur (Explications)

Théorie du Portillon: Modulation de la douleur (Explications)

Article revu et approuvé par Dr. Ibtissama Boukas, médecin spécialisée en médecine de famille

La douleur peut avoir plusieurs origines : une chute, une maladie, un accident… Celle-ci est considérée comme aiguë si elle dure moins de 3 mois. Au-delà de 3 mois, on parle de douleur chronique. Pour la soulager, différentes solutions sont proposées, dont la prise d’analgésique. Avec la révolution apportée par Melzack et Wall, il est possible de traiter la douleur à l’aide de la modulation. Ces derniers ont mis au point ce que nous appelons « la théorie du Portillon ». Apprenons-en davantage dans cet article.

Qu’est-ce que la théorie du Portillon ?

 

Pour comprendre la théorie du Portillon, vous devez au préalable comprendre le rôle de la douleur ainsi que celui des nocicepteurs.

 

La fonction de la douleur et des nocicepteurs

 

D’un côté, il faut considérer la douleur comme un sens au même titre que la vue, le toucher ou l’ouïe. En effet, en cas d’agression, que ce soit interne ou externe, elle permet d’alerter l’organisme pour que celui-ci réagisse rapidement. Autrement dit, elle informe l’organisme s’il a subi un impact ou non. Sans cette alerte, la réaction de l’organisme tarde et l’impact peut s’aggraver.

 

De l’autre côté, les nocicepteurs sont des récepteurs spécialisés qui sont éparpillés aussi bien à la surface de la peau que dans la majorité des organes. Ce sont eux qui sont à l’origine du message douloureux. Plus précisément, les nocicepteurs sont responsables de la transmission du message nerveux au cerveau. Ce message permet au cerveau d’identifier le dommage potentiel.

 

Quand vous touchez par mégarde une plaque brûlante par exemple, vos nocicepteurs sont stimulés. Ils vont envoyer un message qui va être véhiculé par des nerfs spécialisés. Le trajet de ces derniers suit le long de la moelle épinière et se termine au niveau du cerveau.

 

Il faut noter qu’à ce stade, il n’y a pas encore de douleur proprement dite. Il s’agit tout simplement de la transmission d’un message nerveux que nous pouvons appeler « nociception ».

 

L’interprétation de la sensation douloureuse par le cerveau

 

Une fois le message nerveux transmis au cerveau, celui-ci va l’interpréter en fonction de la sensation, la localisation et de la sévérité de la douleur. Il est modulé selon :

 

  • vos souvenirs ;
  • votre état émotionnel ;
  • votre état de santé ;
  • vos précédentes expériences de la douleur.

 

C’est à la fin de ce processus de modulation que le cerveau choisit si l’impact est minime ou grave. C’est également à ce moment-là qu’il décide d’envoyer ou non une réponse. C’est le cas de la défense, de la fuite, des pleurs, des cris…

 

Dans le cas de l’exemple ci-dessus, votre cerveau va recevoir le signal douloureux de vos nocicepteurs et le considérer comme douloureux. Mais grâce à un arc réflexe se trouvant à la moelle épinière, vous allez retirer votre main de la plaque brûlante avant même que votre cerveau ne décrypte le message douloureux.

 

 

La théorie du Portillon : modulation de la douleur

 

L’intensité de la douleur peut se réguler à l’aide de différents mécanismes situés dans le système nerveux. Quand le message nerveux traverse l’organisme, son intensité peut augmenter ou diminuer. Elle peut même se rompre complètement grâce aux systèmes régulateurs.

 

En 1965, le psychologue Ronald Melzack et le physiologiste Patrick David Wall ont élaboré la « théorie du Portillon », appelée en anglais « Gate control ». D’après cette théorie, lorsque le signal douloureux est transmis, il doit traverser une « porte » localisée au niveau de la moelle épinière. Cette porte peut s’ouvrir et se refermer en fonction de l’activation des différents types de fibres nerveuses ce qui peut faciliter ou bien bloquer le passage du signal.

 

En reprenant le même exemple, vous pouvez passer de l’eau fraîche sur votre main. Cela va stimuler certaines de vos fibres nerveuses. Elles vont bloquer la transmission du message nerveux et vous allez alors vous sentir plus apaisé. En même temps, cela fait aussi passer une information agréable à votre système nerveux.

 

Ainsi, le message douloureux et le message agréable se rencontrent au niveau du portillon. De par la constitution des fibres neurologiques, c’est la sensation agréable qui l’emporte sur la sensation douloureuse. Elle va ainsi transiter jusqu’au cerveau. C’est sur la compréhension de ce mécanisme de la douleur que repose la théorie du Portillon. Il est possible de moduler la douleur à l’aide de signaux positifs avant qu’elle n’atteigne le cerveau.

 

 

Quelques exemples de l’application de la théorie du Portillon

 

La mise au point du Gate Control a permis d’imaginer diverses thérapies adaptées et ciblées à chaque patient. On parle notamment de thérapie non médicamenteuse désignée sous l’appellation « neurostimulation électrique ». Pour soulager la douleur, on peut recourir à deux différentes techniques de neurostimulation électrique : transcutanée et percutanée.

 

La neurostimulation électrique transcutanée (TENS)

 

La neurostimulation électrique transcutanée ou Transcutaneous Electrical Nerve Stimulation (TENS) en anglais est une technique de neurostimulation non effractive. En d’autres termes, cet acte médical ne nécessite aucune pénétration cutanée. Cette technique utilise simplement des électrodes reliées à un neurostimulateur. Il s’agit d’un appareil qui génère du courant électrique.

 

Pour qu’elle soit efficace, certaines conditions doivent être remplies.

 

  • La fréquence doit être haute (autour de 100 Hz). Elle est déterminée en fonction du moment auquel le patient ressent une sensation de vibration.
  • L’intensité doit être basse. Elle commence à partir de zéro et est augmentée jusqu’à ce que la stimulation devienne agaçante pour le patient. À ce moment-là, l’intensité est diminuée pour que la stimulation redevienne plus confortable.
  • La largeur de l’onde varie selon l’objectif de la thérapie. Pour atteindre des tissus plus profonds, il est préférable d’utiliser une onde plus large.
  • Les électrodes doivent se situer au niveau du point douloureux.

 

La neurostimulation électrique percutanée (PENS)

 

La neurostimulation électrique percutanée ou Percutaneous Electrical Nerve Stimulation (PENS) en anglais est une technique effractive. Elle se base sur la stimulation d’un ou de plusieurs nerfs spécifiques, et ce, par l’insertion d’électrodes sous l’épiderme. Une intervention chirurgicale mineure peut s’avérer nécessaire dans ce type de traitement de la douleur.

 

Outre cela, il existe aussi une autre forme de neurostimulation électrique effractive associée à de l’acupuncture. Elle consiste à placer des électrodes sur des points d’acupuncture. Pour assurer son efficacité, il faut :

 

  • une fréquence basse entre 2 et 10 Hz ;
  • une intensité la plus haute possible (seuil de tolérance) ;
  • une durée qui tient compte de l’effet analgésique chez chaque patient ;
  • une onde suffisamment large ;
  • des électrodes placées sur une région éloignée de la zone douloureuse ou sur la zone douloureuse elle-même (plus d’efficacité).

 

 

Sources

 

https://uriic.uqat.ca/cours/module2/1.2.1.html

https://www.researchgate.net/figure/La-theorie-du-portillon-propose-que-la-stimulation-des-fibres-de-gros-calibre-Ab_fig2_43811591

https://gestiondeladouleurenthrapiemanuelle.wordpress.com/tag/gate-control/