Évaluation du gainage : Tests de Shirado et Sorensen

Évaluation du gainage : Tests de Shirado et Sorensen

Article revu et approuvé par Dr. Ibtissama Boukas, médecin spécialisée en médecine de famille

L’objectif du gainage est souvent de nature esthétique, mais il ne faut pas oublier son rôle dans la prévention du mal de dos et l’amélioration des performances sportives. Pour ces raisons, plusieurs médecins, kinésithérapeutes (physiothérapeutes) ou coach sportifs utilisent divers tests visant à évaluer la force et l’endurance des muscles du tronc.

 

Qu’est-ce que le gainage, exactement, et comment peut-on l’évaluer (surtout quand on souffre de lombalgie) ? Les tests de Shirado et Sorensen sont présentés dans cet article, et sont comparés à d’autres modalités visant l’évaluation du gainage statique et dynamique.

Gainage, c’est quoi ?

 

Lorsqu’on évoque le gainage, la plupart des gens pensent à l’exercice de planche où l’on se tient sur les coudes en position ventrale à même le sol (en gardant le dos droit). Bien que cet exercice travaille les muscles du tronc, il ne faut pas limiter le concept de gainage à cet exercice uniquement.

 

Le gainage est également qualifié de “core stability” en anglais. Il définit un ensemble d’exercices visant à améliorer la force des muscles superficiels et profonds du tronc (incluant les muscles posturaux, abdominaux, obliques, extenseurs du rachis, etc.). Contrairement à certaines idées reçues, le gainage ne se veut pas dans l’unique but de renforcer les grands droits de l’abdomen (la fameuse tablette de chocolat !).

 

De manière générale, les exercices de gainage implique le poids du corps et luttent contre l’effet de la gravité. Ce sont des exercices typiquement isométriques (c’est-à-dire statique, à savoir que la longueur des fibres musculaires ne changent pas), mais on peut également ajouter des composantes dynamiques de mouvement aux exercices.

 

 

Lien avec mal de dos

 

Le dysfonctionnement des muscles du tronc est étroitement lié au développement du mal de dos selon les études. Plus précisément, une faiblesse ou diminution d’endurance des muscles de la sangle abdominale semble être un facteur de risque de lombalgie chronique. De la même manière, une bonne endurance isométrique des muscles lombaires semblerait prévenir l’apparition de problèmes lombaires.

 

Ainsi, de nombreuses études ont été réalisées pour évaluer et quantifier la force et l’endurance des muscles du tronc chez les patients souffrant de mal de dos. Bien qu’il n’existe pas de normes ou de tests de référence pour l’évaluation du gainage, plusieurs cliniciens utilisent les tests de Shirado et Sorensen au sein de leur prise en charge thérapeutique.

 

Les sections suivantes présentent chacun des tests en détail, et proposent des alternatives visant les mêmes objectifs.

 

 

Test de Shirado

 

Le test de Shirado est un test d’endurance statique des abdominaux utilisé dans l’évaluation des patients souffrant de lombalgie. L’objectif de ce test est de mesure l’endurance des muscles de la ceinture abdominale via un effort isométrique (une contraction musculaire sans changement de longueur des fibres).

 

 

La procédure du test de Shirado est la suivante :

 

  • La position initiale du patient est : allongé sur le dos, les bras croisés sur la poitrine, les hanches et genoux
    fléchis à 90° et les mollets reposant sur un support surélevé.
  • Le test consiste à redresser le buste du patient de manière à ce que ses omoplates décollent du sol, et que ses abdominaux soient contractés de façon isométrique. Les jambes, elles, ne bougent pas durant le test de Shirado.
  • Le patient maintient la position le plus longtemps possible (trois minutes maximum) pendant que l’examinateur calcule le temps écoulé depuis le début du test.
  • Une baisse momentanée de la flexion du tronc est tolérée, mais seulement à deux reprises. Au troisième avertissement (ou si le patient ne peut plus maintenir la position), on cesse le chronomètre.
  • En présence de douleur lombaire ou autre, le test est cessé et l’examinateur note le temps écoulé depuis l’adoption de la position initiale.
  • Si le participant arrive à maintenir la position pendant plus de trois minutes, on peut cesser le test et noter le temps (180 secondes) constituant la valeur maximale du test.

 

Dans une étude comparant les résultats de sujets sains et souffrant de mal de dos, la valeur moyenne de maintien était de 155 secondes (± 79) chez la population asymptomatique, alors que les lombalgiques tenaient en moyenne 41 secondes (± 23).

 

 

Test de Sorensen

 

Le test de Sorensen a été décrit pour la première fois en 1964 comme un examen évaluant l’endurance isométrique des muscles extenseurs de la hanche et du dos (paraspinaux, érecteurs du rachis, multifides, etc). Le test tel que décrit par Sorensen consiste à “mesurer le nombre de secondes pendant lesquelles le sujet est capable de maintenir le haut du corps sans appui (à partir du bord supérieur de la crête iliaque) à l’horizontale, alors qu’il est placé en décubitus ventral, les fesses et les jambes fixées par trois larges sangles, et les bras croisés contre la poitrine”.

 

 

Plus précisément, voici la procédure du test de Sorensen :

 

  • L’équipement nécessaire pour le test est un lit (ou une table de massage), un chronomètre et trois à quatre sangles.
  • La position de départ est la suivante : le patient adopte une position ventrale sur un lit, le bord supérieur de la crête iliaque au bord du lit et le haut du tronc non supporté. Les bras, quant à eux, sont croisés sur la poitrine. Les membres inférieurs sont stabilisés par des sangles.
  • Il est demandé au patient de maintenir le haut du corps en position horizontale, le temps étant calculé avec une chronomètre.
  • Le test se termine si le patient peut maintenir la position pendant 4 minutes (240 secondes) ou s’il ne peut plus maintenir la position définie avant l’écoulement des 4 minutes.
  • Le temps d’arrêt est enregistré.

 

Note : Une alternative au test de Sorensen serait de se placer à plat ventre à même le sol, puis placer un oreiller sous le ventre. Le test serait de lever le sternum du sol de manière à réaliser une extension lombaire, puis mesurer le temps écoulé avant que le patient ne puisse tolérer la position. L’avantage de cette option est qu’elle ne surcharge pas autant le bas du dos, ni ne cause d’hyperlordose.

 

Nicholaisen et Jorgensen ont évalué l’endurance des muscles du dos avec le test de Sorensen. Ils ont découvert que l’endurance isométrique des patients souffrant de douleurs lombaires était significativement plus faible que celle des sujets normaux. De même, les patients souffrant de lombalgie sévère performaient moins bien que ceux ayant un mal de dos léger.

 

Le test de Sorensen présente quelques inconvénients chez certains patients souffrant de lombalgie. En effet, l’adoption de la position initiale d’évaluation est parfois impossible en raison de la douleur lombaire provoquée. Celle-ci provient généralement de l’hyperlordose provoquée par l’extension de la hanche et du genou. Ceci peut surcharger la région du bas du dos, causer des douleurs à ce niveau et nuire à l’exécution optimale du test.

 

 

Alternatives

 

Pour mesurer l’endurance des muscles du tronc, diverses modalités peuvent être utilisées. Outre les tests de Shirado et Sorensen, voici des outils permettant l’évaluation du gainage statique et dynamique.

 

  • L’analyse de fréquence par électromyographie (EMG)
  • Dynamomètres informatisés :  Ces appareils fournissent une quantité notables de mesures relatives à la force des muscles évalués, leur puissance, endurance, etc. Des variations arithmétiques sont également incluses (comme la moyenne, la médiane, etc.) permettant une meilleure analyse.

 

Bien qu’elles présentes plusieurs avantages, les inconvénients majeurs des machines relèvent de leur prix élevé. Également, leur installation et application sont généralement longues et ardues. Pour ces raisons, elles sont davantage utilisées dans un contexte de recherche, et non en clinique avec les patients.

 

Conclusion

Idéalement, les tests d’évaluation de gaignage devraient être faciles à réaliser dans un contexte clinique, et aucun équipement particulier ne devrait être nécessaire. Les tests de Shirado et de Sorensen répondent à ces critères, d’où leur popularité auprès des professionnels de santé et des entraîneurs sportifs.

 

Également, les tests en eux-même ne devraient pas reproduire de douleur chez la population souffrant de mal de dos, surtout s’ils sont utilisés dans un contexte thérapeutique. Principalement, ils ne devraient pas causer d’hyperextension lombaire douloureuse, ni surcharger la colonne lombaire. C’est dans cette optique qu’il existe des alternatives à ces tests, surtout pour le test de Sorensen. Par contre, ces tests, lorsqu’ils sont bien tolérés, demeurent intéressants pour évaluer l’endurance des muscles du tronc chez les populations lombalgiques.

 

 

Références

 

  • https://www.archives-pmr.org/article/S0003-9993(96)90224-5/pdf
  • https://mgen.vivoptim.com/media-files/3213/test-de-shirado.pdf
  • https://symbiosisonlinepublishing.com/exercise-sports-orthopedics/exercise-sports-orthopedics70.php