Sciatique durant la grossesse : Comment gérer les crises ?

Sciatique durant la grossesse : Comment gérer les crises ?

Article revu et approuvé par Dr. Ibtissama Boukas, médecin spécialisée en médecine de famille

On dit souvent que la grossesse n’est pas une maladie, mais elle provoque certains symptômes qui peuvent être gênants comme la sciatique. Une femme enceinte pourrait donc ressentir des douleurs sur le trajet du nerf sciatique. La douleur généralement est modérée, consistant plus en une sciatalgie qu’en une sciatique.

 

Vous êtes en état de grossesse, vous ressentez une douleur ou un pincement au niveau de la fesse qui s’étend en arrière de la cuisse, à la jambe voire au pied ? Connaissez-vous une femme enceinte se plaignant de tels symptômes ? Cet article est donc le bienvenue pour vous.

 

Cet article vulgarisé va dans un premier temps faire un rappel sur les termes sciatique et sciatalgie. Il va dans un second temps, expliquer les mécanismes de survenue d’une sciatique chez la femme enceinte puis divulguer comment la traiter et prévenir.

 

 

Rappel sur la sciatique et la sciatalgie

 

Définition

 

La névralgie sciatique désigne une douleur sur le trajet du nerf sciatique depuis son émergence dans la région lombaire. On parle communément de lombosciatique. C’est donc une douleur lombaire avec une irradiation douloureuse distale (allant en périphérie du corps) dans le membre inférieur. Elle est localisée dans le territoire nerveux radiculaire L5 ou S1, associée aux signes de tension radiculaire.

 

Source

 

La sciatique est un syndrome dont l’élément principal est une douleur très vive siégeant le long du trajet du nerf sciatique (ou ischiatique) et de ses branches. Ce syndrome a de nombreuses étiologies qui ont pour conséquence une atteinte du nerf allant de l’irritation (névralgie) à la lésion (névrites).

 

La sciatalgie, quant à elle, est définie comme une «névralgie sciatique» ou douleur siégeant sur le trajet du nerf sciatique. Dans le cas de la grossesse, 1% seulement des douleurs lombaires sont dues à de véritables sciatiques. Les femmes enceintes sont plus sujettes à faire des sciatalgies avec un pic de la fréquence d’apparition entre le 5ème et le 7ème mois de grossesse.

 

Dans la suite de cet article, le terme sciatique désignera donc à la fois une sciatique vraie mais aussi une sciatalgie. (Voir article complet sur la sciatique).

 

 

Symptômes

 

Le nerf sciatique a deux fonctions : sensitive et motrice. L’atteinte de la fonction sensitive entraîne des douleurs, des fourmillements et/ou une perte de sensibilité. La douleur peut se manifester comme une légère sensation de tiraillement ou une sensation de brûlure. Dans des atteintes plus graves du nerf sciatique, cette douleur peut être fulgurante. La douleur se situe le long du trajet du nerf. Elle peut irradier dans le bas du dos, la fesse, la face postérieure de la cuisse jusqu’aux orteils. Les douleurs ressenties  sont toujours distales par rapport au foyer d’irritation du nerf. Si le foyer est situé dans la fesse, il n’y aura pas de sensation douloureuse au niveau lombaire.

 

trajet du nerf sciatique
Source

 

L’atteinte de la fonction motrice entraîne un déficit moteur variable, allant jusqu’à la paralysie dans les cas les plus graves. La paralysie du nerf sciatique se traduit par l’impossibilité de courir, de fléchir la jambe, de se tenir sur la pointe des pieds (atteinte de la racine nerveuse S1) ou sur les talons (atteinte de L5). Lors de l’examen neurologique on observe une abolition des réflexes neurologiques habituels, une atrophie musculaire et des troubles vasomoteurs et trophiques.

 

Les troubles vasomoteurs sont des troubles circulatoires dus à un relâchement des vaisseaux (rougeur) ou à leur constriction (pâleur). Par exemple, le phénomène de Raynaud est un trouble vasomoteur.

 

Les troubles trophiques cutanés se traduisent par une pigmentation, une décoloration ou une atrophie. Ils peuvent également atteindre les tissus sous-jacents (aponévroses, muscles, tendons, tissus graisseux), sous formes d’ulcérations. Ils peuvent dans certains cas toucher les organes profonds, provoquant des œdèmes, des escarres ou une atrophie musculaire.

 

Par ailleurs, dans le cas particulier de la sciatique avec syndrome de la queue de cheval, des signes sphinctériens (incontinence ou rétention) et une anesthésie en selle sont déclenchés. Il s’agit d’une urgence médicale requiérant une intervention rapide.

 

 

Pourquoi la sciatique apparaît durant la grossesse ?

 

Les modifications hormonales, mécaniques et musculaires dues à l’état de grossesse peuvent expliquer l’apparition fréquente de sciatique chez la femme enceinte. Les phénomènes douloureux proviennent des mêmes causes que la sciatique dans la population générale, mais sont accentués par l’état de grossesse.

 

L’imprégnation hormonale

 

La relaxine est une hormone produite de façon abondante pendant la grossesse. En synergie avec les œstrogènes, elle modifie l’assemblage homogène des fibres de collagène. Ceci entraîne une augmentation de la flexibilité du rachis, une hyperlaxité des ligaments au niveau des articulations sacro-iliaques, sacro-coccygiennes, intervertébrales lombaires et de la symphyse pubienne.

 

Cette imprégnation des tissus conjonctifs a pour rôle de faciliter la croissance de l’utérus dans le bassin, puis la progression du bébé dans la filière génitale à l’accouchement. Cependant, l’hyperlaxité ligamentaire va affaiblir la capacité d’appui statique de la colonne vertébrale et affaiblir les résistances au niveau pelvien, d’où les sciatiques.

 

Les modifications mécaniques

 

La prise de poids au niveau de la ceinture abdominale et le volume de l’utérus lors de la grossesse vont induire une inclinaison en avant du bassin (antéversion). Les muscles de l’abdomen s’écartent et s’étirent, et seront à la base d’une perte de tonus de la ceinture abdominale.

 

Toutes ces modifications mécaniques vont accentuer la lordose lombaire (hyperlordose) et exercer davantage de contraintes sur la colonne vertébrale et le bassin, puis entraîner des sciatalgies. Ces sciatalgies apparaissent d’autant plus qu’il y a des anomalies sous jacentes qui existent avant la survenue de la grossesse.

 

hyperlordose durant la grossesse
Hyperlordose durant la grossesse

Les facteurs favorisant la sciatique

 

Les facteurs de risque de sciatique pendant la grossesse sont :

 

  • La multiparité (femme ayant déjà eu plusieurs accouchements) : dans cette condition, la baisse de la tonicité musculaire au niveau des muscles abdominaux et la laxité articulaire sont plus importantes que chez la nullipare (femme étant à sa première grossesse).
  • Les antécédents de sciatique ou de sciatalgie
  • Le jeune âge
  • L’obésité
  • Les activités sportives intenses avant la grossesse
  • L’exercice d’une profession incluant la station debout prolongée
  • La sédentarité
  • Le port de charges lourdes
  • La conduite automobile excessive.

 

Les conséquences de la sciatique sur la grossesse

 

La sciatique provoque une douleur intense et chronique. Son intensité augmente à la marche, lors de la station debout ou assise prolongée, et est maximale en fin de journée. Cela va impacter la vie sociale de la femme enceinte et compliquer ses activités quotidiennes et actives. Le sommeil peut également être altéré lorsque la douleur atteint son maximum en fin de journée.

 

stress grossesse

 

De plus, le nouveau-né est influencé par la sciatique. Une sciatique et/ou une hyperlordose peuvent avoir des conséquences sur l’accouchement, et donc sur le crâne du nouveau-né. Dans le cas où une analgésie péridurale est choisie durant le travail, la sciatique peut être incommodante. En effet, l’inflammation de la racine nerveuse baisse localement l’efficacité des anesthésiques locaux. L’analgésie péridurale sera donc moins efficace.

 

 

Traitement et prévention

 

Dans le cas d’une sciatalgie très handicapante et/ou associée à une perte de force ou de sensibilité, la femme doit être prise en charge par un spécialiste adapté (neurologue, spécialiste de la médecine physique, etc).

 

Pour les sciatalgies de moindre gravité, il est conseillé :

 

  • La prise de complexes de vitamines B qui permettent d’éviter l’apparition de certaines névrites.
  • Les anti douleurs de palier 1 comme le paracétamol.
  • La kinésithérapie ou physiothérapie : le physiothérapeute se chargera d’évaluer la fonction des muscles stabilisateurs du dos et du bassin afin de fournir un programme d’entrainement sur mesure.
  • L’ostéopathie
  • L’acupuncture
  • L’homéopathie
  • La balnéothérapie (soins administrés au travers de bains).
  • L’application d’une bouillotte dans le dos ou sur la fesse, une prise de bain mi-chaud mi-tiède pour aider à réduire les tensions musculaires. Pour obtenir de meilleurs résultats, l’application de chaleur devrait précéder un massage ou un exercice d’assouplissement du dos et des fesses.
  • Ne pas utiliser les crèmes chauffantes au cours de la grossesse car elles peuvent contenir des substances chimiques qui pourraient possiblement nuire au bébé.
  • Le port d’une ceinture élastique étroite (bande pelvienne) pour stabiliser le bassin réduisant les inconforts liés aux mouvements.

 

ceinture pour grossesse

Quelques conseils pratiques

 

1- Améliorer sa posture en position debout

 

  • Toujours tenter de garder la poitrine parallèle au pubis
  • Répartir le poids du corps à part égale sur les deux jambes
  • Eviter de porter des chaussures à talons hauts
  • Eviter de rester debout trop longtemps sans bouger.

 

2- Améliorer sa posture en position assise

  • S’assoir bien au fond de sa chaise
  • Bien répartir le poids du corps sur les deux fesses
  • Prévoir un support pour le bas du dos (coussin, serviette roulée, etc).

 

3- Améliorer sa posture en position couchée

  • Eviter de dormir sur le ventre, surtout en fin de grossesse
  • Dormir sur le dos avec un oreiller sous les genoux
  • Dormir sur le côté avec un oreiller entre les genoux.

 

4- Améliorer sa posture en mouvement

  • Pour se lever du lit : s’aider avec les mains en serrant les muscles stabilisateurs (rentrer légèrement le nombril en serrant le bas du ventre).
  • Pour se lever d’une chaise ou d’un divan : bien s’avancer, se pencher vers l’avant et utiliser les jambes pour forcer. Garder le dos droit et serrer les muscles stabilisateurs.

 

5- Masser et faire des exercices

 

Il s’agira de masser et de faire des exercices d’étirements sur les muscles du bas du dos et des fesses qui sont souvent tendus pendant la grossesse. Voici un exemple d’exercice d’étirement des jambes permettant d’éviter l’installation d’une sciatalgie (à répéter matin et soir, alterner les  jambes 10 fois de suite, maintenir l’étirement pendant 6 secondes).

 

  • Allongez-vous sur le dos, genoux pliés, pieds au sol

 

Source

 

  • Passez une jambe au-dessus de l’autre puis posez le pied contre la face externe de la cuisse

 

Source

 

  • Attrapez le genou de la jambe levée avec la main opposée

 

Source

 

  • Tirez avec votre main sur le genou en direction de votre épaule opposée au genou sur l’expiration pendant 6 secondes
  • Faites de même avec l’autre jambe

 

Source

 

  • Si votre ventre arrondie par la grossesse vous gêne pour effectuer l’étirement, vous pouvez
    demander à une tierce personne de vous aider.

Conclusion

 

La grossesse est un état pouvant entraîner une douleur de sciatique chez la femme. Cette douleur est la plupart du temps modérée et s’apparente plus à une sciatalgie. Elle est due aux changements hormonaux, aux contraintes mécaniques et aux modifications musculaires qu’entraîne l’état de grossesse.

 

Malheureusement, la sciatique influence la vie quotidienne et sociale de la femme enceinte ainsi que le processus de l’accouchement menaçant parfois le bébé. La femme doit alors s’atteler à améliorer ses postures en position assise, debout, couchée et en mouvement afin de prévenir la survenue de ce syndrome gênant. L’aide de spécialistes tels que le kinésithérapeute (physiothérapeute), le neurologue, l’ostéopathe, pourrait aussi être d’une grande nécessité.

 

 Références

  1. https://oppq.qc.ca/blogue/douleurs-au-nerf-sciatique-femme-enceinte/
  2. DURIEUX J. LEVERNIEUX J. Lombalgies et lombosciatiques de la femme enceinte. In : La rhumatologie aux confins de l’obstétrique. SEZE S, GURIN C. France, Paris : Expension scientifique française, 1981, 335-340.
  3. BROCHET E. La lombosciatalgie et la grossesse…en deux maux. 67p. Mémoire étudiante Sage-Femme : Ecole de Sage-femme de Metz, promotion 2002-2006
  4. CADERAS de KERLEAU J., SERRE H., VIALA JL. Radiculalgies et lombalgies au cours de la grossesse. Bull Fel Soc Gynécologie Obstétrique, 1963; 15:25
  5. MANTLE MJ. GREENWOOD RM. CURREY HL. Backache in pregnancy. Rhumatol Rehabil. 1977; 16 : 95-101
  6. RICARD François. Traitement ostéopathique des lombalgies et lombosciatiques par hernie discale. Issy-les-Moulineaux, France : elsevier Masson SAS, 2008, 683p. ISBN : 978-2-84299-839-4
  7. Sous la direction de B. WELCHSLER, J.JANSE-MAREC, J.P PECHERE. Pathologies maternelles et grossesse. Paris, France : Medsi/MacGraw Hill, 1988, 697p. ISBN : 2-86439-157-0.
  8. WEST Zita. Grossesse au naturel. Hachette livre (édition en langue française), 2002, 160p. Collection Hachette Pratique. ISBN 2-012-36657-0 Titre original : Natural Pregnancy. London, England : Dorling Kinderley Limited, 2001.
  9. LALAUZE-POL R, propos recueillis par RICHARD-GUERROUDJ N. L’ostéopathie est incontournable en maternité. Profession Sage-Femme n°135
  10. AUBERT F. Anesthésie au cours de l’accouchement. Cours étudiants Sage- Femme de Metz, 29.10.2012.

 

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