Syndrome de la queue de cheval: Symptômes et récupération

Syndrome de la queue de cheval: Symptômes et récupération

Article revu et approuvé par Dr. Ibtissama Boukas, médecin spécialisée en médecine de famille 

Fort heureusement, le mal de dos est généralement bénin, et le pronostic de guérison est favorable. Mais il existe certaines situations où un mal de dos peut s’avérer extrêmement grave, et causer des séquelles irréversibles s’il n’est pas pris en charge rapidement. Le syndrome de la queue de cheval, bien que rare, peut causer des symptômes aussi graves que la paralysie et l’incontinence.

 

Cet article couvre tout ce qu’il faut savoir sur le syndrome de la queue de cheval, depuis le diagnostic jusqu’aux diverses façons d’optimiser la guérison de cette pathologie.

Définition

 

Débutons par une petite leçon d’anatomie pour mieux comprendre le syndrome de la queue de cheval.

 

queue de cheval humaine
Représentation réelle d’une queue de cheval humaine

 

Queue de cheval, c’est quoi ? Également appelée “Cauda Equina”, il s’agit d’un faisceau de nerfs ayant la forme d’une queue de cheval, et qui se prolonge vers le bas de la moelle épinière. Cet amalgame de racines nerveuse descend ensuite au niveau des membres inférieurs.

 

 

Le rôle de ces nerfs est de fournir la sensation et la force dans les jambes. De même, ils contrôlent la fonction des organes génitaux.

 

Dans le syndrome de la queue de cheval, la queue de cheval est endommagée pour une raison ou une autre. Il touche environ 1 personne sur 100 000, et constitue entre 2-6% des chirurgies discales¹. Elle touche surtout les personnes entre 31 et 50 ans. Son apparition peut être soit aigue (parfois en l’espace de quelques heures !), ou encore de façon graduelle chez des gens souffrant de lombalgie chronique.

 

schéma montrant un syndrome de la queue de cheval

 

Dans l’apparition aigue, les symptômes se développent de façon rapide (à l’intérieur de 24 heures). Souvent, on observe une douleur lombaire intense, et des changements au niveau des organes génitaux (comme une incontinence urinaire d’apparition rapide). On observe également des changements sensoriels et/ou moteurs au niveau des jambes (comme une perte de sensation ou une paralysie).

 

Dans sa forme progressive, les symptômes apparaissent après plusieurs semaines ou mois. Ils peuvent être latents et intermittents. Par exemple, une lombalgie associée à des épisodes de sciatique peuvent être notés. Des changements moteurs tels qu’une difficulté à marcher peuvent être observés, ainsi qu’une réduction de la sensation dans la jambe et une incontinence plus ou moins prononcée.

 

 

Diagnostic de syndrome de la queue de cheval

 

Comment diagnostiquer un syndrome de la queue de cheval ? Rappelons-nous avant tout que le syndrome de la queue de cheval constitue une urgence médicale, et que le délai entre l’apparition des symptômes et le bilan diagnostic devrait se faire idéalement dans la même journée.

 

évaluation d'un kiné pour diagnostiquer un syndrome de la queue de cheval
Un professionnel de santé vous permettra de clarifier le diagnostic de syndrome de la queue de cheval.

 

D’une part, l’historique médical du patient va donner des indices précieux au clinicien. Ensuite, un examen physique complet va orienter vers un diagnostic d’atteinte de la queue de cheval. Parmi les tests cliniques (incluant un examen neurologique), on compte les tests de sensibilité (dermatomes), myotomes, réflexes, etc.

 

Ensuite, l’imagerie médicale permettra de confirmer la présence d’un syndrome de la queue de cheval. L’IRM (imagerie par résonance magnétique) est l’examen de choix pour émettre ce diagnostic, et ainsi planifier le traitement chirurgical conséquent. Un produit de contraste pourrait être utilisé si on soupçonne une tumeur ou une infection.

 

Si aucune IRM n’est disponible dans un délai opportun, il est possible de recourir à la tomodensitométrie. En effet, il est important de se rappeler que plus tôt le diagnostic sera émis, la plus favorable sera la guérison.

 

syndrome de la queue de cheval
IRM démontrant un syndrome de la queue de cheval dû à une hernie discale.

 

 

Finalement, pour quantifier le dysfonctionnement vésical, on pourrait avoir recours à une échographie ou une sonde urinaire.

 

 

Lien avec la hernie discale

 

Quel est le lien entre la hernie discale et le syndrome de la queue de cheval ? Il faut savoir que la hernie discale lombaire est la cause la plus fréquente de syndrome de la queue de cheval. Souvent, elle est à la hauteur de L4-L5 ou L5-S1.

 

hernie discale comprimant la queue de cheval
Hernie discale provoquant la compression de la queue de cheval, et causant un syndrome de la queue de cheval.

 

Pour info, une hernie discale réfère à réfère à un déplacement du noyau gélatineux à l’intérieur d’un disque qui pousse et transperce la périphérie du disque intervertébral.

 

En général, une hernie discale n’affecte pas la queue de cheval. En effet, il faut la présence d’une hernie discale relativement massive (et postérieure) pour observer une compression de la queue de cheval. On parle alors de hernie séquestrée. Ce n’est pas le cas de la majorité des hernies discales.

 

 Pour tout savoir sur la hernie discale et sa prise en charge, consultez l’article suivant.

 

 

Autres causes de syndrome de la queue de cheval

 

Bien que la hernie discale constitue la cause principale de syndrome de la queue de cheval, cette pathologie peut apparaître pour diverses raisons. Voici d’autres causes pouvant également provoquer une compression au niveau de la queue de cheval: 

 

 

 

Symptômes

 

Les symptômes du syndrome de la queue de cheval vont varier en fonction des individus atteints. Ils dépendent des nerfs atteints, ainsi que du degré d’irritation ou compression nerveuse. De manière générale, ils apparaissent bilatéralement.

 

symptômes dans les jambes suites à un syndrome de la queue de cheval

 

Parmi les symptômes de syndrome de la queue de cheval, on retrouve:

 

  • Douleur lombaire sévère qui irradie parfois jusqu’aux pieds (de type sciatique ou brûlure)
  • Perte de sensation dans les jambes
  • Perte de sensation dans la région des organes génitaux (fessiers, adducteurs, haut des cuisses, périnée, anus)
  • Engourdissements et/ou picotements dans les jambes
  • Perte de force dans une ou deux jambes
  • Perte d’équilibre et difficulté à marcher
  • Troubles urinaires et/ou fécaux (incontinence, perte de sensation en urinant, rétention urinaire, constipation, difficulté à retenir une selle, etc.)
  • Dysfonctions sexuelles et troubles érectiles

 

incontinence suite à un syndrome de la queue de cheval

 

 

Chirurgie du syndrome de la queue de cheval

 

Une fois qu’on a diagnostiqué un syndrome de la queue de cheval, la chirurgie d’urgence s’avère le plus souvent le traitement de choix. On prescrit parfois des corticoïdes pour réduire le gonflement qui participerait à comprimer les racines nerveuses.

 

L’option chirurgicale la plus utilisée est la chirurgie de décompression. Une microdiscectomie lombaire peut être envisagée, ou encore une laminectomie. Quoi qu’il en soit, l’objectif sera d’enlever de la pression sur les nerfs responsables des symptômes du patient.

 

chirurgie poru un syndrome de la queue de cheval

 

D’autres opérations peuvent être indiquées en fonction de la condition, et de la préférence du chirurgien. Les options possibles sont : 

 

 

Peu importe la technique chirurgicale, l’objectif principal sera de corriger les troubles neurologiques. Pour ce faire, on suggère d’opérer à l’intérieur de 24-48 heures où les symptômes apparaissent pour optimiser le pronostic.

 

Séquelles

 

La chirurgie, bien qu’elle soit indiquée pour la plupart des cas de syndrome de la queue de cheval, ne garantit malheureusement pas une récupération complète. En effet, si on retarde trop la chirurgie, des dommages irréversibles pourraient être observés. Par exemple, il pourrait persister des séquelles telles que :

 

  • Douleur résiduelle et persistante
  • Faiblesse résiduelle et paralysie des membres inférieurs (paraplégie)
  • Incontinence urinaire et fécale
  • etc.

 

La gravité des séquelles dépendra des symptômes pré-opératoires, ainsi que du temps écoulé entre l’apparition des symptômes et la prise en charge médicale. Dans certains rares cas, les symptômes peuvent s’aggraver après une chirurgie de la colonne vertébrale qui a échoué.

 

 

Rééducation post-opératoire

 

En général, la rééducation après un syndrome de la queue de cheval se veut dans le but de préserver la fonction, et maximiser le potentiel de guérison.

 

cicatrice dos après chirurgie

 

Après une chirurgie, le chirurgien prescrira des médicaments pour contrôler la douleur. Des cathéters seront également utilisés pour contrôler les symptômes d’incontinence.

 

En kinésithérapie (physiothérapie), des exercices de renforcement et d’équilibre permettront d’augmenter la force des membres inférieurs, réduisant ainsi le risque de chute. Des modalités antalgiques permettront également de contrôler la douleur de manière naturelle. Des massages et mobilisations douces réalisées par un kiné ou un ostéopathe permettront également de relâcher les muscles tendus, augmenter la mobilité et améliorer la fonction.

 

 

Soulignons que les atteintes neurologiques et liées à l’appareil génital peuvent continuer de s’améliorer avec les années, même après une chirurgie.

 

Si la cause du syndrome de la queue de cheval provient d’une tumeur, il faudra envisager des traitements de chimiothérapie ou de radiations afin de traiter la source du problème.

 

 

Vivre avec le syndrome de la queue de cheval

 

Outre les symptômes physiques, il ne faut pas sous-estimer les conséquences psychologiques et sociales du syndrome de la queue de cheval (surtout lorsque les symptômes sont chroniques, ou si la chirurgie a laissé des séquelles).

 

femme qui fait face à l'isolement social à cause de son mal de dos chronique

 

Certes, les douleurs importantes peuvent empêcher la personne atteinte d’exercer son métier. Mais les problèmes d’incontinence urinaire limitent parfois les sorties et autres activités sociales, en plus de provoquer des infections urinaires à répétition. Quant aux dysfonctions sexuelles, celles-ci peuvent affecter la relation avec son/sa partenaire.

 

Pour ces raisons, il n’est pas rare d’observer de l’isolement et de la dépression chez les gens atteints du syndrome de la queue de cheval. Le support émotionnel est donc essentiel chez cette population, que ce soit par les proches ou par un professionnel de la santé mentale (psychologue, sexologue, travailleur social, kinésithérapeute spécialisé en rééducation périnéale, etc.).

  

 

Conclusion

 

Heureusement, le syndrome de la queue de cheval est une condition très rare. Mais il faut retenir qu’il s’agit d’une urgence médicale (et souvent neurochirurgicale) !

 

Si jamais vous ressentez un des symptômes mentionnés dans l’article, il est primordial de consulter un médecin dans les plus brefs délais. La rapidité à laquelle un traitement chirurgical a été établi va grandement affecter le pronostic de guérison. Il ne faut donc pas dédramatiser la situation, ou encore attendre que les symptômes s’estompent par eux-mêmes.

 

S’il n’est pas pris en charge rapidement, un syndrome de la queue de cheval peut laisser des séquelles aussi graves que la paralysie des jambes, ou encore l’incontinence urinaire et fécale.

 

Bonne guérison!

 

 

Ressources

 

Témoignages de personnes vivant avec un syndrome de la queue de cheval

 

 

Référence

 

  • https://www.webmd.com/back-pain/guide/cauda-equina-syndrome-overview
  • https://www.aans.org/en/Patients/Neurosurgical-Conditions-and-Treatments/Cauda-Equina-Syndrome
  • https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24453661/