Arthrite juvénile idiopathique : Que faire ?

Arthrite juvénile idiopathique : Que faire ?

L’arthrite correspond à une inflammation des articulations. En plus d’être douloureuse, elle peut devenir handicapante dans certains cas. Elle peut survenir chez tout individu de tout âge. Dans cet article, nous allons parler de l’arthrite chez les enfants et les jeunes adolescents : AJI ou Arthrite Juvénile Idiopathique.

Définition

 

L’arthrite juvénile idiopathique (AJI) remplace les termes arthrite rhumatoïde juvénile et arthrite chronique juvénile, qui ne sont plus vraiment utilisés de nos jours.

 

Pour mieux comprendre cette pathologie, faisons un petit rappel sur ce qu’est l’arthrite. Cette dernière désigne une maladie rhumatismale caractérisée par une inflammation aiguë et chronique des articulations. On la qualifie d’idiopathique lorsque la cause de son apparition reste mal identifiée.

 

Quant à l’arthrite juvénile idiopathique, elle indique une inflammation des articulations qui se produit de manière chronique (plus de 6 semaines). Elle est d’origine inconnue et affecte souvent les enfants de moins de 16 ans.

 

L’AJI englobe plusieurs formes de maladie. Ces dernières se distinguent par leurs signes cliniques (localisation, symptômes…).

 

  • La forme oligoarticulaire (du grec, oligo veut dire petit nombre) : il s’agit d’une arthrite juvénile touchant 1 à 4 articulations, surtout au niveau des membres inférieurs.
  • La forme polyarticulaire (poly veut dire plusieurs) : c’est-à-dire touchant au moins cinq articulations. Elle peut s’accompagner ou non de forme rhumatoïde (avec des symptômes extra-articulaires et une apparition de nodules rhumatoïde, touchant surtout les membres supérieurs).

 

  • La forme systémique : caractérisée par des éruptions cutanées et des poussées de fièvre persistantes.
  • La forme avec enthésite ou spondylarthrite: elle touche les enthèses (insertion tendineuse) et se localisent majoritairement au niveau des membres inférieurs et de la région sacro-iliaque.
  • La forme psoriasique qui est caractérisée par une atteinte de la peau et des ongles par le psoriasis.

 

Bien qu’elle touche les jeunes dans plus de la moitié des cas, la maladie progresse même si l’individu devient adulte.

 

 

Les causes de l’arthrite juvénile idiopathique

 

Puisque l’arthrite juvénile est une pathologie idiopathique, la véritable cause est encore mal comprise. Certaines études ont toutefois montré que des facteurs environnementaux et génétiques peuvent également influencer l’apparition de cette maladie articulaire.

 

Généralement, cette pathologie est liée à des maladies auto-immunes, caractérisées par des troubles du système immunitaire ou une production excessive de globules blancs. Ces troubles se manifestent par des inflammations souvent excessives touchant les articulations et les autres organes tels que la peau et l’œil.

 

Il n’y a pas d’explication claire sur l’origine de ce phénomène. Cependant, il s’avère que la génétique ainsi que le tabagisme et certaines infections y sont pour quelque chose.

 

Notez que l’arthrite juvénile idiopathique n’est pas une maladie héréditaire. Elle ne se transmet pas de génération en génération, sauf dans des cas exceptionnellement rares (près de 0,1 %).

 

 

Les symptômes de cette maladie articulaire des jeunes

 

Les symptômes de l’AJI diffèrent selon sa forme et l’état de l’individu (âge, conditions de santé générale…). Dans la majorité des cas, elle se manifeste par des inflammations articulaires responsables de douleurs, de gonflements et de raideur de l’articulation.

 

En bas âge, l’enfant est souvent potelé, donc les gonflements peuvent ne pas se remarquer. Pour détecter la maladie, l’idéal est d’observer scrupuleusement les gestes et les mouvements de son enfant. Il faut être attentif et prudent lorsqu’on constate les moindres gênes, difficultés ou signes de douleur : boitillements légers, mouvements particulièrement anormaux lors de la préhension, durant la marche, etc.

 

En outre, il existe aussi d’autres symptômes, à savoir :

 

  • des poussées de fièvre ;
  • un problème au niveau des yeux : inflammation de l’uvée ou uvéite qui pourrait aboutir à un déficit visuel voire une cécité ;
  • des inflammations cutanées chroniques qui s’accompagnent d’une desquamation de la peau au niveau du coude et des genoux ;
  • une fatigabilité et une lenteur accrue ;
  • éventuellement, une irritabilité.

 

Traitée ou pas, cette pathologie peut aussi engendrer des séquelles comme :

 

  • des troubles de la croissance : ralentissement de la croissance, déformation, asymétrie des membres (par exemple, le genou atteint va devenir plus massif que l’autre), atrophies musculaires…
  • l’ostéoporose et le tassement des vertèbres

 

Pour limiter les complications, il faudra faire le nécessaire pour diagnostiquer et traiter l’arthrite à temps.

 

 

Diagnostic de l’arthrite juvénile idiopathique

 

Très complexe, le diagnostic de l’arthrite juvénile idiopathique comprend plusieurs étapes :

 

  • examen clinique des symptômes ;
  • interrogatoire sur les antécédents médicaux des parents et de l’enfant malade ;
  • élimination des autres pathologies qui peuvent aussi engendrer des inflammations articulaires : spondylarthrite ankylosante, arthrite systémique, enthésite, psoriasis… ;
  • élimination des diagnostics différentiels : maladies systémiques (maladie de Crohn, maladie de Kawasaki, hépatite auto-immune, etc.), arthrite réactionnelle, infection (bactérienne, virale ou parasitaire), leucémie aiguë, neuroblastome, syndrome auto-inflammatoire d’origine génétique…

 

Pour confirmer le diagnostic de cette pathologie articulaire, il faudra faire des examens approfondis.

 

Bilan au laboratoire

 

Le bilan aide à écarter toutes les autres causes d’arthrite et les diagnostics différentiels.

 

Il consiste alors en une analyse de la formule sanguine complète, une analyse des marqueurs inflammatoire, une analyse hépatique et rénale. En complément, des bilans immunologiques sont aussi recommandés.

 

Examen d’imageries

 

Pour détecter l’AJI, on réalise divers examens d’imagerie.

 

  • Des radiographies : très importantes, elles servent à évaluer la gravité et le stade de l’arthrite des jeunes. Les clichés sont normalement bilatéraux (pour comparaison), de face et aussi de profil.
  • Une IRM (Imagerie par résonnance magnétique), avec injection de gadolinium. Elle n’est pas obligatoire sauf pour le cas des articulations difficiles d’accès comme la hanche.
  • Éventuellement, une scintigraphie osseuse pour le cas des AJI systémiques.

 

 

Comment se déroule le traitement d’une arthrite juvénile idiopathique ?

 

La prise en charge des AJI doit se faire auprès d’un pédiatre rhumatologue spécialiste. La consultation auprès d’un ophtalmologue et d’un dermatologue peut aussi être nécessaire pour soigner les signes cliniques.

 

De façon générale, le traitement de la maladie se base sur un traitement médicamenteux, une thérapie psychomotrice et une intervention chirurgicale (en dernier recours).

 

Les traitements médicamenteux de l’AJI

 

Devant un cas d’arthrite juvénile idiopathique, les AINSI (anti-inflammatoires non stéroïdiens) et l’injection intra-articulaire de corticoïdes constituent les médicaments de première intention. Ils sont utiles pour soulager la douleur et arrêter le processus inflammatoire de la maladie.

 

Mais, en fonction de la forme de l’AJI, différents traitements de fond peuvent également s’appliquer, notamment pour les formes actives. Ces traitements de fond comprennent : le méthotrexate (MTX), le leflunomide (Arava®), la Sulfasalazine.

 

En cas d’échec des traitements de fond, les agents biologiques anti-TNF représentent une meilleure alternative. Le plus couramment utilisé est les l’étanercept (Enbrel®). Mais pour les patients présentant une inflammation digestive ou un antécédent d’uvéite, on recommande plutôt l’infliximab (Rémicade®) ou l’adalimumab (Humira®).

 

Après chaque traitement, l’enfant bénéficie d’une surveillance clinique afin d’évaluer son efficacité.

 

En cas de persistance de l’inflammation, il faudra réadapter le traitement de fond.

 

  • Pour les arthrites juvéniles idiopathiques de forme systémique, polyarticulaire et oligoarticulaire : adopter un autre biomédicament (anti-IL1 ou anti-IL6).
  • Pour les arthrites juvéniles polyarticulaire et oligoarticulaire : appliquer une association de biomédicament et de MTX, changer de biomédicament (anti-IL6, autre anti-TNF, anti-CTLA4-Ig).

 

Pour ces cas, la surveillance du patient est plus rapprochée, tous les 3 à 6 mois.

 

La kinésithérapie (physiothérapie) et l’ergothérapie 

 

L’action des kinésithérapeutes (physiothérapeutes) et des ergothérapeutes consiste à maintenir les amplitudes articulaires normales. Elles ont également comme buts de :

 

  • réduire les douleurs ;
  • préserver la mobilité des articulations pour faciliter et accompagner l’enfant dans ces activités ou mouvements de la vie quotidienne ;
  • limiter les complications.

 

Des exercices quotidiens peuvent être prescrits par ces professionnels de santé. Parfois, des attelles nocturnes sont nécessaires pour maintenir les articulations dans une position adéquate et indolore. C’est pour cela que l’on sollicite parfois l’aide d’un orthésiste ou podoorthésiste pour fournir à l’enfant des matériels orthopédiques sur mesure et confortables (genouillère, orthèses plantaires, attelles…).

 

La chirurgie

 

Les interventions chirurgicales dans le cadre d’une arthrite juvénile peuvent consister en :

 

  • une ténotomie ;
  • une synovectomie ;
  • une radiosynoviorthèse ;
  • ou une arthrodèse.

 

Il est à noter que l’administration des corticoïdes durant l’enfance n’est pas sans risques sur la croissance. De plus, elle favorise les risques de déminéralisation des os, des fractures et d’ostéoporose.

 

Le traitement en général n’est donc pas sans risques. Alors, une hygiène de vie adaptée et saine est alors indispensable d’où la nécessité de l’assistance de certains spécialistes : éventuellement un diététicien et un psychologue.

 

Quels sont les pronostics ?

 

Grâce au progrès des traitements, les AJI ont aujourd’hui de très bons pronostics. Toutefois, les complications graves peuvent survenir en cas de retard du traitement : aggravation de l’uvéite en glaucome ou synéchies, inégalité des longueurs des jambes, survenue l’arthrite de l’articulation temporo-mandibulaire avec rétrognatisme (déformation de la mâchoire).

 

 

Références

 

https://www.vidal.fr/maladies/recommandations/arthrite-juvenile-idiopathique-4056.html#prise-en-charge

https://www.orpha.net/data/patho/Han/Int/fr/ArthriteJuvenileIdiopathique_FR_fr_HAN_ORPHA92.pdf

https://www.healthychildren.org/English/health-issues/conditions/chronic/Pages/Juvenile-Idiopathic-Arthritis.aspx