Lyse isthmique : C’est quoi ? (et son lien avec le spondylolisthésis)

Lyse isthmique : C’est quoi ? (et son lien avec le spondylolisthésis)

Article revu et approuvé par Dr. Ibtissama Boukas, médecin spécialisée en médecine de famille

Actuellement, les douleurs lombaires touchent environ 60 à 90 % de la population. Ces maux de dos peuvent avoir plusieurs explications, dont la lyse isthmique. Ses causes sont multiples et le plus difficile, c’est que son diagnostic peut prendre du temps. C’est une pathologie qui peut rester silencieuse pendant longtemps. En cas d’aggravation, elle peut conduire à des douleurs au niveau des lombaires, au repos ou pendant la marche.

 

Causes, diagnostics, symptômes, traitements… découvrez tous les notions essentielles à savoir sur la lyse isthmique dans cet article.

Définition et types

 

L’isthme est une structure anatomique du rachis (ou colonne vertébrale). Elle sépare les articulations supérieures et inférieures des vertèbres lombaires. On distingue l’isthme droit de l’isthme gauche, mais elles se trouvent toutes dans la partie arrière de la vertèbre.

 

En réalité, les courbures convexes en arrière (cyphose) ou en avant (lordose), au niveau des vertèbres dorsales, jouent un rôle majeur lors de l’apprentissage de la marche. Le développement de ces courbures rachidiennes assure un meilleur équilibre et un bon maintien du poids du haut du corps. Ainsi, elles permettent une économie d’efforts pour se tenir debout ou marcher. Ces courbures permettent aussi d’adopter un profil et une posture normale.

 

À cause de ces divers mouvements du dos, les vertèbres lombaires font régulièrement face à des contraintes de cisaillement. L’isthme se retrouve de plus en plus fragilisé, et finit parfois par se casser.

 

Ainsi, la lyse isthmique traduit une fracture de fatigue. Autrement dit, c’est la fissuration progressive de l’isthme.

 

Les principaux types de lyse isthmique sont :

 

  • la lyse isthmique L5: c’est le cas le plus commun qui concerne environ 95 % des cas. Elle désigne une fissuration au niveau de la partie supérieure l’isthme de la 5e vertèbre lombaire (ou L5).
  • Les lyses isthmiques en L1, L2, L3 ou L4 sont rares et exceptionnelles.
  • La lyse isthmique bilatérale : dans la majorité des cas (85 %), l’atteinte unilatérale se bilatéralise suite à des remaniements pathologiques.

Le lien entre lyse isthmique et spondylolisthésis

 

Si l’isthme glisse, on parle de « spondylolisthésis». Ce dernier correspond alors au glissement (listhésis) d’une vertèbre (spondylo) vers l’avant, sur celle située juste au-dessous.

 

Le spondylolisthésis pourrait faire suite à la lyse isthmique. En effet, la fissuration de l’isthme (lyse isthmique) provoque une perte du « frein » postérieur pouvant évoluer en glissement vertébral ou spondylolisthésis.

 

Pour tout savoir sur le spondylolisthésis, consultez l’article suivant.

 

 

Qui peut être touché par la lyse isthmique ?

 

La lyse isthmique n’est pas présente dès la naissance. En général, elle apparaît chez les enfants de 5 à 7 ans. Puisqu’à cet âge, cette partie des vertèbres est beaucoup sollicitée surtout en apprenant à marcher.

 

Elle touche aussi les sportifs :

 

  • les plongeurs (dans 63 % des cas) ;
  • les haltérophiles (36,2 %) ;
  • les lutteurs (33,3 %) ;
  • les gymnastes (32,8 %).

 

Les ménagères sont aussi les plus touchées parmi les personnes âgées.

 

 

Étiologie de la lyse isthmique

 

Le spondylolisthésis par lyse isthmique apparaît lors du développement de la courbure rachidienne. C’est par cette courbure que les bipèdes lordosés tels que les humains peuvent marcher avec un équilibre musculaire. C’est pourquoi elle peut arriver après maîtrise de la marche (souvent à partir de l’âge de 5 ans).

 

Les contraintes répétées au niveau des vertèbres lombaires aboutissant à la fissuration de l’isthme peuvent aussi causer cette fracture de fatigue. Elles surviennent généralement à cause des sports et des travaux physiques.

 

Par ailleurs, elle pourrait avoir une cause génétique (maladie des os de verre).

 

 

Quels sont les symptômes de la lyse isthmique?

 

Dans la plupart des cas, il est difficile de reconnaître la lyse isthmique. Elle est généralement asymptomatique. Bien qu’il n’y ait pas de consolidation de la fracture de l’isthme, le glissement n’empire pas. Le patient ne ressent alors aucune douleur.

 

Cependant, si le glissement (spondylolisthésis) empire, quelques symptômes apparaissent.

 

Chez les enfants, ce sont :

 

 

 Chez les adultes, ils apparaissent surtout autour de 40 ans :

 

 

Dans le pire des cas, on constate :

 

  • une diminution de force des jambes (à cause d’une sciatique paralysante) ;
  • de graves troubles neurologiques et une anomalie de contrôle des sphincters (syndrome de la queue de cheval) ;
  • une sciatique hyper douloureuse et paralysante.

 

 

Comment se déroule le diagnostic de la lyse isthmique ?

 

D’abord, un examen clinique est nécessaire. Il permet de déterminer les antécédents particuliers (traumatismes antérieurs, travail de force, affections des vertèbres antérieures).

 

L’analyse des divers symptômes se fait ensuite, pour mieux orienter le diagnostic. Pour ce faire, des examens physiques sont nécessaires.

 

  • Une inspection de la colonne vertébrale dans son ensemble : elle permet de détecter les éventuelles anomalies (présence de masse lombaire, anomalie de la posture).
  • Une palpation : pour rechercher des points douloureux, des contractures localisées. Elle sert également à évaluer la mobilité rachidienne.

 

Après, le médecin effectue des examens paracliniques au niveau du rachis lombaire. Ces derniers aident à déceler les lésions confirmant le diagnostic. On peut citer :

 

  • une radiographie ;
  • une imagerie par résonance magnétique (ou IRM) ;
  • un tomodensitométrie (TDM) ou scanner ;
  • une scintigraphie.

 

 

Comment traiter la lyse isthmique ?

 

La fracture de fatigue ne nécessite que des surveillances, surtout si elle ne présente pas de symptômes. Elles doivent se faire tous les 6 à 12 mois en accompagnement avec un programme de renforcement musculaire spécifique (par la kinésithérapie par exemple).

 

 Sinon, des prises en charge sont effectuées dans le but de :

 

  • soulager les patients par des traitements symptomatiques ;
  • guérir la maladie ;
  • éviter les complications.

 

Pour choisir le traitement adéquat, il importe de tenir compte de certains facteurs, tels que :

 

  • l’âge ;
  • l’état de santé général ;
  • l’activité habituelle (activités sportives, profession, etc.) ;
  • la morphologie de la colonne du patient (dysplasie vertébrale, équilibre de profil, évolution du glissement.

 

Pour le traitement symptomatique, administrer des médicaments :

 

  • antalgiques pour alléger les douleurs ;
  • myorelaxants qui soulagent les contractures musculaires ;
  • corticoïdes et anti-inflammatoires.

 

Des traitements orthopédiques sont aussi nécessaires :

 

  • une immobilisation temporaire par le port d’un corset (si la lyse isthmique est récente) ;
  • des séances de rééducation ;
  • la kinésithérapie (pour assouplir les éléments de la colonne vertébrale, en réduisant les contraintes sur la vertèbre en glissement).

 

Si l’évolution radiographique reste défavorable et que les douleurs persistent, une intervention chirurgicale s’impose.

 

Elle consiste, dans la majorité des cas, à souder définitivement les deux vertèbres concernées (arthrodèse lombaire). Cela peut se faire par une greffe osseuse pour créer un pont osseux entre ces deux vertèbres. Ce processus d’ostéosynthèse prend 3 à 12 mois pour obtenir les résultats attendus. Pendant ce temps, l’immobilisation des vertèbres par des implants est indispensable. On utilise généralement des vis, des cages, des tiges ou des plaques.

 

 

Conclusion

 

La lyse isthmique est une pathologie de la colonne vertébrale. Elle peut toucher tous les individus à tout âge. Cette maladie pose problème si elle freine les activités journalières du patient. Elle n’est pas pour autant très grave, sauf pour les sujets âgés. Si le traitement est bien conduit, on constate des améliorations concluantes.

 

 

Sources

 

https://www.elsevier.com/fr-fr/connect/aru/douleurs-lombaires-raison-principale-des-arrets-de-travail

https://www.institut-kinesitherapie.paris/actualites/lyse-isthmique/

https://www.lombafit.com/spondylolisthesis/

https://mal-de-dos.ooreka.fr/astuce/voir/652359/lyse-isthmique

Thèse de Paul KONATE « Lyse isthmique : aspects clinique, radiologique et thérapeutique dans le service de Rhumatologie au CHU du point G, Bamako », 2011

https://drsport.fr/pathologies/lyse-isthmique-ou-spondylolisthesis/

https://www.cfdos.com/spondylolisthesis-par-lyse-isthmique/