Prothèse discale : Chirurgie pour corriger les douleurs discogéniques

Prothèse discale : Chirurgie pour corriger les douleurs discogéniques

Article revu et approuvé par Dr. Ibtissama Boukas, médecin spécialisée en médecine de famille

Établie dans les années 50 en Suède, la prothèse discale est une procédure offrant plusieurs avantages en comparaison avec l’arthrodèse, un autre type de chirurgie pour soulager la lombalgie chronique.

 

Inspirée des chirurgies de prothèse totale de hanche ou de genou, elle permet la réduction des douleurs lombaires tout en préservant l’amplitude articulaire au niveau de la colonne vertébrale.

 

Qu’est-ce que la prothèse discale, et dans quels cas est-elle indiquée ? Comment se déroule la procédure et la rééducation ? Existe-t-il des risques ? Cet article vous explique tout ce qu’il faut savoir sur cette intervention chirurgicale.

Définition

 

La prothèse discale est un type de chirurgie de la colonne vertébrale.

 

Pour rappel, le rachis (ou colonne vertébrale) est constituée d’os appelés vertèbres qui sont empilées les unes sur les autres. Les disques intervertébraux situés entre les vertèbres fonctionnent comme des coussins qui permettent d’absorber les chocs et permettre le mouvement des vertèbres sans frottement.

 

Dans certains cas, on peut noter une dégénérescence discale ou vertébrale qui provoque de la douleur ou de l’incapacité. On pense notamment aux hernies discales et discopathies dégénératives.

 

Normalement, tout traitement doit débuter par des méthodes conservatrices telles que la médication, la kinésithérapie ou l’ostéopathie. Ce n’est que lorsque ces modalités s’avèrent infructueuses qu’on considère des approches plus invasives (comme l’infiltration ou la chirurgie).

 

L’arthrodèse, chirurgie la plus courante

 

Parmi les chirurgies envisageables pour soulager les symptômes de lombalgie, l’arthrodèse est la plus couramment utilisée. Essentiellement, il s’agit de fusionner les vertèbres de manière à réduire l’instabilité et soulager la douleur. Comme l’arthrodèse élimine tout mouvement des segments vertébraux pathologiques, elle s’avère utile peu importe la cause des symptômes (disque, articulations facettaires, structures environnantes, etc).

 

Il existe une grande variété d’options chirurgicales reliées à l’arthrodèse, chacune ayant ses propres avantages et inconvénients. Plus précisément, l’approche peut être antérieure ou postérieure. L’instrumentation utilisée peut comporter des implants, tiges et/ou vis visant à fournir un support structurel interme pendant que les vertèbres fusionnent naturellement. Un greffon osseux peut également être prelevé d’une autre région, ou alors on peut recourir à un greffon osseux synthétique.

 

Pour tout savoir sur l’arthrodèse lombaire, consultez l’article suivant. 

 

La prothèse discale, une alternative de choix

 

Bien qu’il s’agisse d’une intervention sûre et efficace dans la majorité des cas, il faut savoir que l’arthrodèse entraîne souvent une usure accrue des zones adjacentes de la colonne vertébrale. Ainsi, elle peut compromettre la dynamique et la biomécanique optimale du rachis à long terme.

 

Dans cette optique, des prothèses discales ont été créées comme alternatives à l’arthrodèse. Dans ce cas, on utilise un disque artificiel en métal (ou une combinaison plusieurs matériaux comme le titane, l’acier inoxydable, le cobalt, le chrome, la céramique, le plastique, etc.). D’ailleurs, de très nombreux modèles de prothèse discale lombaire existent mais seulement deux sont remboursés en France, au contraire de la prothèse discale cervicale qui elle n’est pas remboursée.

 

Cette intervention est conçue pour pour répondre à plusieurs exigences biomécaniques, notamment la tolérance à la mise en charge, la réduction de la friction et de l’usure, et la conservation des amplitudes du mouvement du rachis. Également, elle permet de soulager la douleur grâce au retrait du disque symptomatique.

 

Parmi les avantages de la prothèse discale par rapport à l’arthrodèse, on compte :

 

  • Préservation de la hauteur des disques
  • Restauration de la mobilité de la colonne vertébrale
  • Guérison et récupération plus rapides après l’opération
  • Durée d’immobilisation plus courte (corset, si besoin)
  • Meilleurs résultats biomécaniques à long terme pour le patient (flexibilité et mobilité)
  • Retour plus rapide au travail, au sport et aux loisirs.
  • Pas d’usure des zones adjacentes de la colonne vertébrale.

 

 

Indications et contre-indications

 

Comme pour plusieurs autres chirurgies de la colonne vertébrale, c’est la douleur persistante (au moins 6 mois) et incapacitante n’ayant pas répondu au traitement conservateur qui suggère l’utilisation d’une prothèse discale.

 

Par contre, toute personne souffrant de lombalgie n’est pas forcément candidate à ce type d’opération. En effet, voici certains critères précis qui indiqueraient qu’un patient pourrait bénéficier d’une prothèse discale :

 

  • Douleurs provenant uniquement d’un disque lésé (appelé douleur discogénique)
  • Absence de dégénérescence vertébrale ou irritation nerveuse
  • Absence de surpoids excessif ou obésité
  • Pas d’antécédents de chirurgie de la colonne vertébrale
  • Absence de scoliose ou d’une autre déformation de la colonne vertébrale
  • Pas de progrès malgré un traitement conservateur bien conduit d’au moins 6 mois

 

À l’inverse, il existe des conditions où la prothèse discale n’est pas indiquée. Essentiellement, elles réfèrent à des conditions où la douleur provient d’une autre source que le disque. Parmi les contre-indications, on compte :

 

 

 

Procédure

 

Avant de recourir à une prothèse discale, le médecin devra s’assurer que vous êtes réellement un bon candidat à ce type d’intervention. Ceci comprend un examen physique exhaustif, des tests d’imagerie médicale, et/ou des bilans sanguins.

 

Si on conclut que vous pourriez bénéficier d’une prothèse discale, on vous fera part des consignes pré-opératoires. Ceci peut inclure :

 

  • Cesser de fumer quelque temps avant la chirurgie
  • Ajuster (ou cesser temporairement) la prise de certains médicaments ayant une incidence sur des facteurs tels que la cicatrisation, la coagulation sanguine, la glycémie, etc.
  • Être à jeun quelques heures avant l’opération (ne rien boire ni manger)
  • Préparer le retour à domicile post-chirurgie (chauffeur, aide à domicile, etc.)

 

Le jour de l’opération, on vous posera un anesthésique qui vous plongera dans un sommeil profond et vous empêchera de ressentir de la douleur (anesthésie générale).

 

La chirurgie se fait généralement par voie antérieure. Ceci veut dire que vous serez couché sur le dos, et que le chirurgien pratiquera une incision d’environ 5-8 centimètres via l’abdomen. Vos organes et vos vaisseaux sanguins seront déplacés sur le côté pour permettre l’accès à votre colonne vertébrale.

 

La première étape consiste à retirer le disque endommagé (également qualifié de discectomie). Une fois l’espace discal dégagé et préparé, le disque artificiel est implanté. Une fluoroscopie en temps réel (contrôle radiographiquee) est utilisée pendant la procédure pour garantir le placement correct du dispositif.

 

Finalement, les organes et vaisseaux sanguins sont remis en place, et l’incision est fermée à l’aide de sutures.

 

Après l’intervention, vous serez emmené dans une salle de réveil pendant un moment afin de surveiller votre état et votre réponse à la chirurgie.

 

 

Convalescence et rééducation

 

Vous devrez probablement rester à l’hôpital pendant quelques jours après votre opération. Comme le remplacement d’un disque lombaire ne nécessite pas de guérison osseuse, la période de récupération est plus rapide que pour d’autres opérations du dos.

 

On vous donnera des médicaments contre la douleur si vous en avez besoin, et on vous encouragera à vous lever et à marcher dès le premier jour après l’opération. En tout, le séjour à l’hôpital après une opération de prothèse discale est de 2 à 5 jours.

 

Initialement, on pourrait vous prescrire un corset pour une période de 6 semaines. Des séances de kinésithérapie pourraient également vous aider à mobiliser votre tronc et activer vos muscles de façon progressive et sûre. Un retour aux activités professionnelles, de loisir et sportives sera ensuite établi avec l’aide de votre équipe de professionnels de santé.

 

En tout, la récupération après une prothèse discale dure environ 3 mois. Ceci permet de donner le temps à la colonne vertébrale de s’acoutumer au nouveau dispositif implanté, et au corps de se remettre de l’opération. Par contre, il faut souligner que le temps de récupération varie en fonction de chaque patient (symptomatologie, état général, antécédents et conditions associés, etc.).

 

 

Risques et complications

 

Comme il s’agit d’une chirurgie, il va de soi que la prothèse discale vient avec son lot de risques. D’ailleurs, cette intervention requiert un accès plus profond en comparaison avec l’arthrodèse, ce qui en fait une procédure plus risquée.

 

Par contre, les complications associées à la prothèse discale ont été réduites durant les dernières années grâce à l’amélioration des méthodes  chirurgicales. Parmi les risques d’incidence minime, on compte :

 

  • Infection
  • Délogement de la prothèse discale avec le temps
  • Caillot de sang
  • Absence de soulagement de la douleur
  • Restriction de la mobilté vertébrale
  • Éjaculation rétrograde

 

Des taux de complications similaires ont été constatés entre l’arthrodèse lombaire et la prothèse discale. De plus, soulignons que la fréquence des complications s’est avérée plus élevée lorsque plus d’une prothèse devait être implantée au niveau de la colonne vertébrale.

 

Évidemment, le médecin orthopédiste s’assurera de peser les bienfaits et les inconvénients avant toute intervention. En effet, une sélection rigoureuse des patients est cruciale pour minimiser les complications après la pose d’une prothèse discale. Le chirurgien prendra en considération votre condition spécifique, votre état de santé général, vos symptômes, etc.  Un patient devrait toujours partager ses préoccupations avec son chirurgien avant l’opération.

 

 

Source

 

  • https://www.spine-health.com/treatment/artificial-disc-replacement/lumbar-artificial-disc-surgery-recovery
  • https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5435628/