Le kinésiologue: Un autre outil pour vous aider avec votre douleur persistante

andree anne ouellet
"Je m'appelle Andrée-Anne, et la kinésiologie est le domaine professionnel que j'ai choisi."

L'usage du masculin dans cet article a pour unique but d'alléger le texte   Qu'est-ce qu'un kinésiologue?

Je m'appelle Andrée-Anne, et la kinésiologie est le domaine professionnel que j'ai choisi.
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L’usage du masculin dans cet article a pour unique but d’alléger le texte

 

Qu’est-ce qu’un kinésiologue?

Quelle est la différence entre un physiothérapeute et un kinésiologue?

Pourquoi rencontrer un kinésiologue?

Les bienfaits de l’exercice

Comment le kinésiologue peut maider?

Conclusion

 

Article rédigé par Andrée-Anne Ouellet, kinésiologue et fondatrice de Solution Réadaptation

 

Qu’est-ce qu’un kinésiologue?

 

“Kiné-quoi?”

 

À mon entrée dans le programme de kinésiologie à l’université, j’ai cru que j’avais un certain avantage. J’ai cru que mon expérience dans le sport et mon passé comme athlète de haut niveau en natation, m’avantageraient et me permettraient d’avoir une plus grande connaissance que d’autres élèves sur certaines notions abordées dans le programme. Comme plusieurs personnes, j’associais la profession de kinésiologue à une seule chose: le sport de performance. Il ne m’a fallu que quelques cours pour me rendre compte que le domaine de la kinésiologie était beaucoup plus large que les activités reliées au sport. Les connaissances que j’allais acquérir allaient me permettre de comprendre les influences complexes qu’ont les différents systèmes du corps, sur les mouvements.

 

kinésiologue sportif
La kinésiologie est beaucoup plus large que les activités reliées au sport.

 

C’est en 1988 à l’Université du Québec de Trois-Rivières qu’est née officiellement la profession de kinésiologue avec l’espoir d’un Québec en meilleure santé.

 

Le kinésiologue est un professionnel du secteur de la santé, dédié à l’évaluation et à l’optimisation de la dynamique du mouvement pour des fins de développement, d’éducation, de prévention, de réadaptation, de traitement et de performance. Son principal moyen d’intervention est l’activité physique. Il est un professionnel autonome tant pour ses évaluations que pour son intervention et son jugement. Il a le devoir d’intervenir dans le respect des lois professionnelles existantes et il doit avoir pour préoccupation les besoins et la protection du public dans un esprit d’ouverture et de collaboration interdisciplinaire.[1] Si aucun ordre professionnel ne régit la pratique de la kinésiologie actuellement, la Fédération des Kinésiologues du Québec (FKQ), mentionne qu’elle travaille activement en ce sens et prévoit la réalisation de cet objectif dans moins d’un an.[2]

 

Exercice supervisé pour le dos par un physiothérapeute

 

La formation des kinésiologues se distingue par sa vision globale et son approche holistique. Elle aborde en profondeur des éléments qui peuvent modifier vos mouvements ou votre pratique d’une activité physique comme: la gestion du stress, la psychologie, la nutrition, la biomécanique, la planification de l’entraînement, les stratégies d’engagement et de motivation, l’anatomie fonctionnelle, la physiologie de l’effort, le développement moteur et plus encore. Plusieurs cours de la formation permettent au kinésiologue de se développer comme professionnel de la santé en accroissant ses connaissances sur la démarche scientifique, la réadaptation, la prévention de la santé, l’évaluation de la condition physique, l’approche populationnelle, le travail interdisciplinaire et dans plusieurs autres domaines.

 

Comme le kinésiologue s’occupe de plusieurs aspects de la santé, ces atouts favorisent son travail dans les équipes pluridisciplinaires. C’est en travaillant avec les autres professionnels impliqués dans le rétablissement d’un patient (médecins, physiothérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, travailleurs sociaux, etc.), qu’il peut s’assurer d’avoir en main l’ensemble des éléments nécessaires à son analyse de la santé globale d’une personne, afin d’en dresser un portrait actuel et fiable.

 

kinésiologue travaille en équipe
Le kinésiologue s’occupe de plusieurs aspects de la santé, en collaboration avec d’autres professionnels de la santé.

 

Le kinésiologue est habileté à travailler autant avec une population sans symptôme limitatif ou pathologie qu’avec une population symptomatique et/ou particulière, (personnes avec handicaps, personnes avec problèmes métaboliques, personnes avec problèmes cardiopulmonaires, personnes avec problèmes neuroévolutifs, personnes avec problèmes de santé mentale, etc.).

 

Au Québec, selon les besoins, il est possible de rencontrer un kinésiologue dans plusieurs endroits tels que les centres sportifs de tous niveaux, les cliniques de physiothérapie, les centres de réadaptation, les hôpitaux, les Centres de Santé et de Services Sociaux (CSSS) et les cliniques privés.

 

Quelle est la différence entre un physiothérapeute et un kinésiologue?

 

Bien que le physiothérapeute utilise fréquemment l’exercice à des fins de traitement, celui-ci utilise également d’autres méthodes de traitement non employées par le kinésiologue telles que la thérapie manuelle[3], les techniques d’électrothérapie (ultrasons, laser, etc.), d’hydrothérapie
(traitement dans l’eau), de thermothérapie (glace ou chaleur) et la puncture physiothérapique avec aiguilles sèches[4].

 

evaluation physiotherapeute

 

« Le physiothérapeute cherche à établir un diagnostic en physiothérapie sur la nature, la sévérité du problème de santé et ses répercussions sur le fonctionnement du client en tenant compte de ses facteurs personnels et environnementaux. »[5]

 

Le kinésiologue quant à lui, ne cherche pas à identifier, dans la majorité des cas, une pathologie précise, mais plutôt à identifier en quoi la problématique d’une personne affecte l’ensemble de ses fonctions et sa condition. Il tient compte également de ses facteurs personnels et environnementaux. Il n’est pas rare de trouver dans un même lieu de soins la présence de ces deux professionnels dont les actions sont complémentaires.

 

Pour illustrer les différences d’actions dans le champ d’expertise de chacun de ces professionnels, voici un exemple simplifié: en réadaptation, une personne blessée à la hanche consulte un physiothérapeute qui effectue des techniques de thérapie manuelle et de mobilisations progressives en plus de lui enseigner des exercices de renforcement des muscles de hanche. La même personne consulte également un kinésiologue qui lui enseignera des exercices lui permettant de retrouver son endurance et son équilibre à la marche, en plus de lui donner différents outils de changement en lien avec ces habitudes de vie pouvant influencer son niveau de douleur actuel.

 

Pourquoi rencontrer un kinésiologue?

 

Le rôle du kinésiologue est de vous accompagner dans la reprise de vos activités, ou dans votre initiation à de nouvelles activités quelles qu’elles soient. Il peut vous aider à améliorer une dynamique de mouvements déficiente par le biais de la pratique d’activités physiques adaptée et/ou travailler avec vous si vous êtes en situation de réadaptation, en collaborant avec les équipes de soins en place.[1]

 

kinésiologue

 

La première rencontre avec un kinésiologue sert principalement à déterminer vos objectifs, et à faire l’évaluation de plusieurs facteurs personnels. Le kinésiologue évaluera aussi les différentes fonctions, de votre condition physique (métaboliques, physiologiques, motrices, psychologiques, etc.) et motrice actuelle, il fait des résumés de vos dossiers médicaux, des antécédents de pratique d’activités physiques, etc. Il doit, de plus, vous questionner et procéder à certains tests afin de s’assurer que vous n’êtes pas à risque de développer certaines pathologies. Il s’assurera que les objectifs déterminés soient motivants pour vous, mais aussi qu’ils soient spécifiques, réalistes, mesurables et atteignables. Pour y arriver, il tiendra compte entre autres, de vos attentes, de vos habiletés et de vos préférences.

 

evaluation d'un kinésiologue

 

C’est en lui permettant d’observer et de collecter ces données que vous lui permettrez de faire une analyse adéquate de votre situation, et de vous transmettre les recommandations et conseils les plus efficaces pour l’atteinte de vos objectifs. Cette rencontre est appelée “évaluation de la condition physique”.

 

“Vous voulez que je bouge, malgré ma douleur?”

 

Si vous souffrez, il pourra vous paraître étrange que le kinésiologue vous dise de reprendre les activités physiques pour votre rétablissement. Pourtant, les résultats de nombreuses recherches le prouve: bouger peut vous aider à diminuer votre douleur sinon, à mieux la gérer.

 

Les bienfaits de l’exercice

 

Même s’il nous est difficile de déterminer avec précision quel mécanisme de l’exercice provoque une diminution de douleur chez une personne donnée, nous savons que bouger donne de très bons résultats chez un grand nombre de personnes. Plusieurs de ces mécanismes peuvent avoir des impacts positifs chez une même personne. Vous trouverez ci-dessous une brève description de quelques mécanismes de l’exercice sur la douleur:

 

marche pour traiter le mal de dos

 

Prenez note qu’il existe beaucoup plus de mécanismes et de bienfaits à faire de l’exercice, que ceux mentionnés ci-après:

 

1- L’exercice nous fait sécréter des endorphines qui sont en partie responsables de ce sentiment si agréable que l’on peut parfois ressentir en faisant de l’activité physique. Le mot endorphine est en fait l’abréviation de morphine endogène et signifie donc: «médicament opioïde». Les endorphines, tout comme le système endocannabinoïde d’ailleurs, aident à la diminution de la sensibilité de notre système nerveux, exactement comme le font les médicaments, les analgésiques. Nous possédons tous une pharmacie intérieure très puissante qui peut jouer en notre faveur! À titre d’exemple, courir pendant 10 kilomètres produirait plus de 10 milligrammes de “morphine” dans un cerveau humain! Impressionnant, non?

 

2- L’exercice physique permet de voir apparaître certains changements physiologiques dans le corps humain, telles que la réactivation de la cicatrisation des tissus, l’amélioration de la santé des tissus métaboliques ou vasculaires et la diminution de l’inflammation. Chacun de ces changement peut avoir un impact sur le niveau de douleur ressenti. Souvent associé à un mode de vie plus actif, la perte de poids est un changement physiologique qui a également un impact important sur la diminution du processus inflammatoire présent dans le corps et de ce fait, sur le niveau de douleur perçu.

 

3- L’activité physique permet d’accroître notre capacité à tolérer certains stress. Elle aide les muscles et les tendons à devenir plus forts, plus rigides et à tolérer plus de charges mécaniques. Elle permet d’effectuer progressivement plus d’activités plus ou moins intenses, pour un même niveau de douleur. Prenez la tendinopathie comme exemple, qui par définition, est un cas de changement dans les qualités physiques d’un tendon, où le tendon devient souvent sensible rapidement lors de certains mouvements: il a été démontré que l’entraînement avec charge comme la musculation, permettait à ces tendons de se désensibiliser en devenant plus forts et plus rigides, ce qui permettrait de tolérer plus de charges mécaniques ensuite!

 

         “Plus d’activité, plus d’intensité, pour le même niveau de douleur!”

 

4- La recherche nous a depuis longtemps démontré que la douleur n’est pas seulement une question de «problèmes dans nos tissus», mais qu’elle dépend directement de la façon dont notre système nerveux et les parties inconscientes de notre cerveau perçoivent ce qui se passe dans notre corps. En ce sens, l’exercice a pu montrer des bénéfices dans un processus appelé “restructuration cognitive”. En bref, lors d’une reprise de contact avec le mouvement ou avec certaines activités cessées depuis un certains temps, plusieurs personnes reprennent confiance en elles et développent un sentiment d’auto-efficacité plus grand. Elles voient des changements positifs apparaître dans la perception de leur corps mais aussi sur leur niveau de douleur!

 

5- L’activité physique peut nous aider à changer notre “façon” de bouger. La recherche nous a permis d’observer que lorsqu’il y a présence de douleur qui persiste, dans une optique de protection, notre corps provoque inconsciemment l’activation des mêmes “patterns” de mouvements au quotidien. En effectuant ainsi chaque jour les mêmes mouvements d’une manière à utiliser sans cesse les mêmes structures (articulations, muscles, tendons, etc.), nous avons pu observer une augmentation de la sensibilisation à ces structures. En faisant de l’activité physique, nous permettons au corps d’expérimenter de nouvelles façons de bouger en le mettant volontairement dans des situations inhabituelles ou qu’il a évité depuis un certain temps. Ainsi, en permettant à son corps de bouger autrement, nous permettons aux structures sensibilisées de se désensibiliser progressivement et de diminuer l’envoi de signaux douloureux à travers notre système nerveux.

 

6- En bougeant, nous permettons au cerveau de se reprogrammer et apprenons à notre système quelles sont nos “limites de douleur”. Par un mécanisme inconscient de notre système nerveux, ces limites peuvent devenir embrouillées lorsque la douleur persiste et des signaux douloureux peuvent nous être envoyés bien avant l’apparition d’un dommage. Le système de douleur est comparable à un système d’alarme, ces signaux servent normalement à nous “avertir d’une menace potentielle”. Lorsque la douleur persiste dans le temps, on voit que ce système peut devenir défectueux et envoyer des signaux bien avant avant qu’il y ait un danger potentiel ou sans qu’il y ait aucune possibilité de danger éventuel. La pratique d’activités physiques permet à notre système de douleur de réapprendre à savoir quand il doit envoyer ou non ces signaux de douleur. En conséquence, l’exercice nous permet d’augmenter progressivement nos fonctions sans recevoir ces signaux de douleur.

 

Comment le kinésiologue peut maider?

 

“Comprendre ce que vous faites et pourquoi vous le faites, c’est important!”

 

Le kinésiologue peut vous guider à atteindre vos objectifs que vous viviez ou non avec de la douleur. En plus d’être une source de motivation, le kinésiologue vous aidera à passer au travers des journées les plus difficiles en vous proposant des stratégies adaptées à la situation.

 

kinesiologue encouragements

 

II est tout à fait normal et légitime de vouloir réduire l’intensité des activités et leur fréquence lorsque nous faisons face à la douleur. Toutefois, cette diminution d’activation peut engendrer de nouvelles problématiques de santé importantes lorsqu’elle persiste dans le temps. Le kinésiologue qui comprend bien les principes de base de l’entraînement en résistance peut, en travaillant de concert avec vous, vous aider à augmenter votre force et votre endurance, sans toutefois aggraver votre douleur. Il s’agit ici bien sûr d’un travail d’équipe où vous devrez jouer le rôle principal, en participant et en vous informant sur les stratégies qui vous sont recommandées. Il est important que vous puissiez comprendre le mode de fonctionnement de votre système de douleur et que vous puissiez valider les idées que vous avez de votre propre corps et de vos mouvements. Le kinésiologue vous amènera à sortir de votre zone de confort. Votre engagement est important afin de tirer des bénéfices des services qui vous sont offerts. .

 

“Il existe autant de façon de bouger qu’il existe d’êtres humains.”

 

Le même exercice, la même activité, pour une même douleur chez deux personnes différentes, donneront des résultats différents et apporteront des changements différents dans leur corps et leur vie. Le kinésiologue peut vous proposer des stratégies de mouvements et d’activités personnalisées et adaptées. Il peut distinguer s’il y a lieu, vos patterns de mouvements douloureux pour vous proposer des variantes. Ces variantes peuvent être reliées aux mouvements mais aussi à leur intensité, à leur fréquence, à l’environnement ou à d’autres paramètres toujours en respectant les limites que vous aurez pu établir pour progresser sans aggraver votre douleur.

 

entrainement d'un kinésiologue

 

Un kinésiologue qui connaît les sciences modernes de la douleur pourra vous aider à mieux comprendre comment votre propre système de la douleur fonctionne, et pourra utiliser le mouvement comme outil sensoriel, vous permettant ainsi de construire ainsi les meilleures réponses provenant de votre propre corps.

 

Conclusion

 

“En terminant…”

 

Le kinésiologue fait parti des nombreux professionnels qui peuvent vous outiller afin que vous puissiez devenir le professionnel de votre propre santé.

 

Si vous vivez avec de la douleur persistante, je vous suggère de consulter des professionnels qui connaissent les sciences de la douleur et surtout, en qui vous avez confiance.

 

“Comment savoir si mon professionnel de la santé comprend la science moderne de la douleur?”

 

Selon le professeur et chercheur de renom, Lorimier Moseley, il s’agirait de leur poser les questions ci-dessous. Moseley croit qu’ils devraient pouvoir répondre “oui” à chacune d’entre elles[1]:

 

  • Croyez-vous au modèle biopsychosocial de la douleur?
  • Avez-vous déjà entendu parler de “Explain Pain”?
  • Pouvez-vous m’aider à comprendre mon propre système de douleur?
  • Pouvez-vous m’apprendre à gérer mon propre rétablissement?
  • Pouvez-vous me donner des compétences pour maîtriser ma situation?

 

En vous souhaitant beaucoup d’espoir et un chemin enrichissant vers votre rétablissement,

 

Andrée-Anne Ouellet, kinésiologue et fondatrice de Solution Réadaptation

 

 

Notes

[1] États généraux sur la kinésiologie: rapport des recommandations préliminaires. Comité pilotage. Version Juin 2019.

[2] Rapporté d’une conversation téléphonique avec Monsieur Patrick Dufour, adjoint à la direction de la Fédération des Kinésiologue du Québec, le 21 octobre 2020

[3] La thérapie manuelle pourrait être exercée par des kinésiologues ayant une formation supplémentaire comme par exemple une spécialisation de deuxième cycle en “exercices thérapeutiques”.

[4] La puncture physiothérapique avec aiguilles sèches est une technique qui consisterait à insérer une aiguille en profondeur dans le muscle pour aider au relâchement de tensions musculaires et à la diminution d’inflammation.

[5] Ordre professionnel de la physiothérapie au Québec. (Octobre 2020). Activités réservées en physiothérapie. https://oppq.qc.ca/wp-content/uploads/Fiche-activite-reserve-A.pdf

[6] Fédération des kinésiologues du Québec. (18 octobre). Le kinésiologue. https://www.kinesiologue.com/fr/le-kinesiologue

[7] Moen, Dave et Moseley, Lorimier. (2020). Understanding your pain is important because it changes the way that you respond to pain. Tame the beast. https://www.tamethebeast.org/understanding

 

 

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